Pour que vivent les mots !

Lundi 30 juin 2008


Axel hâte le pas. Il sait qu’Angèle l’attend.

Son téléphone portable sonne. Il se dit :

«  C’est Angèle. Elle se demande ce que je trafique ! « 

 

Axel attrape son portable au fond de sa poche : «  Oui ? » répond Axel.

« Axel ? C’est Jack ! « 

 

Jack est le père d’Axel. Ses enfants ne l’ont jamais appelé papa. Il ne sait pas pourquoi. C’est comme ça. Ils ont pris le mauvais pli dès leur plus jeune age. Leur mère ne les reprenait pas. Elle disait qu’il ne fallait pas obliger les enfants à dire papa et maman ! 

 

« Jack ? T’es en France ? » entonne Axel, d’une voix inquiète.

« Oui. J’ai quelques soucis. J’aimerais bien t’en parler. On peut se voir ? »

« Ce soir pas vraiment. C’est un peu le bazar. Mais demain si tu veux, rejoins- moi au bureau. On ira déjeuner ensemble. Ok ? »

« Parfait Axel. Je passerai te prendre à ton bureau. C’est bien dans le 8ème arrondissement que tu es hein ? »

« Oui c’est ça ! »

« A demain alors. Bonne soirée ».

 

Axel raccroche. Il est étonné. Son père ne l’appelle pas souvent depuis qu’il a refait sa vie.

 Les parents d’Axel sont divorcés depuis une dizaine d’années maintenant. Ses parents sont restés ensemble pour les enfants. Ils ont fait le sacrifice de leur bonheur personnel, pour élever ensemble leur deux garçons. Cela n’a pas été facile. C’est un choix douloureux que de faire taire ses désirs d’homme et de femme. Ils se sont supportés pendant de longues années. Leur vie de couple était difficile. La mère d’Axel n’était pas heureuse. Elle aurait aimé une vie amoureuse plus trépidante ! Les garçons n’étaient pas épanouis dans ce cocon familial sous tension. Personne ne parlait. Le silence meublait leur vie de famille. Le père, Jack se sentait incompris. Il rêvait d’une vie un peu bohème, un peu cyclique. Il voulait faire des expériences professionnelles. Il avait des rêves plein la tête ! Il faisait des projets plus fous les uns que les autres ! Il refusait de s’enterrer dans un boulot juste pour la sécurité.

 

 Seulement, sa femme, Anne, ne l’entendait pas de cette oreille là ! Anne était une femme au foyer. Elle voulait une vie paisible et bien ordonnée. Elle a vissé Jack. Elle l’a mené à la baguette. Par faiblesse, il n’a rien dit. Il a supporté en silence. Il a tout supporté, même le mépris, même le regard froid et glacial que lui jetait Anne ! Jack s’est crevé l’échine à bosser pour entretenir sa petite famille. Il payait tout : femme de ménage, vacances à l’étranger, loisirs, week-ends à la campagne, pavillon en banlieue. Il menait une petite vie qu’il qualifiait de minable, une vie sans âme, dans ce petit pavillon étriqué de la banlieue parisienne chic. Ses enfants l’ignoraient comme si Anne les avait montés contre leur père. Il ne parvenait pas à nouer le dialogue avec eux. Il souffrait de l’indifférence avec laquelle il était traité. Il avait besoin de reconnaissance. Il se heurtait à l’ingratitude des deux garçons.


Sa femme se braquait souvent contre lui. Elle ne l’écoutait plus. Elle était meurtrie. Les silences de son mari l’agressaient. Elle aurait préféré tout vivre, sauf ce silence, trop lourd, comme à la veillée des morts. Elle rêvait d’amour, de tendresse, de rire et de complicité. Et son mari ne disait rien. Elle avait en face d’elle un bloc de béton. Parfois, Anne craquait et laissait exploser sa colère. Les cris fusaient dans toute la maison. Anne insultait son mari. Elle le bousculait. Elle le provoquait. Elle le poussait dans ses retranchements, dans le simple but d’obtenir quelque chose de lui. Mais rien n’y faisait. Jack ne répondait rien. Il ressemblait de plus en plus à un ours.

 

Jack était devenu l’ombre de lui-même. Il ne trouvait plus l’espace suffisant pour s’exprimer. Il taisait ses doutes, ses craintes. Il savait qu’il irait dans le mur à ce rythme là. On ne peut pas vivre comme ça. Sa vie professionnelle le bouffait. Il n’avait plus rien. Il avait raté sa vie amoureuse et familiale. Il le savait. Mais, on ne rattrape jamais le temps perdu. Tout ce que l’on n’a pas su donner et dire au bon moment est à jamais perdu. Il comprenait ses erreurs. Il s’en voulait. Il n’avait pas été à la hauteur avec ses mômes. Il n’avait pas su s’imposer devant sa femme. Sa faiblesse et sa lâcheté l’avaient amené dans des sentiers bien douloureux.

 

Et, un jour, Jack en a eu marre. Il a senti qu’il ne pourrait plus continuer à vivre ainsi. Il a pris ses cliques et ses claques, et il est parti sans dire un mot ! Il a disparu de la circulation. Et, il a laissé derrière lui sa petite famille. Il les a laissé, seuls, livrés à eux même !

 Axel est la dernière personne avec qui il a parlé. Il se souvient bien de ce jour là. Axel lui avait demandé une fois de plus de l’argent. Il avait explosé : «  Je ne suis pas une vache à lait. Débrouilles- toi ! C’est terminé tout cela ! « 

 

Depuis, ce jour, il n’avait pas donné de nouvelles. Rien. Le silence. Toujours le silence.

 

Pendant ce temps, Jack avait mené sa vie comme bon lui semblait. Il était en quête de spiritualité. Il voulait donner un sens à sa vie. Si l’on est sur Terre c’est sûrement pour accomplir une mission. Et il voulait deviner quelle était la sienne. Ce cheminement personnel l’amena sur des routes peuplées de vies extraordinaires. Il était enfin sorti de sa petite vie bien rodée pour vivre sa vie à lui ! Il voyait enfin le monde comme il était réellement. Il ouvrait les yeux et assimilait ses erreurs avec une facilité déconcertante ! Il vivait ses émotions et ses sentiments. Il n’était plus un » cadre » frustré dans son costume cravate !  La vie prenait de l’épaisseur. Selon Jack, une force mystérieuse au dessus de nous, nous guide et nous montre le bon chemin.

Il s’était laissé guider par sa foi. Il avait fait confiance à la vie ! Il avait atterri dans la région du  Ladakh, appelé plus communément le petit Tibet. Il était parti avec une association humanitaire pour réaliser un projet de coopération. Là bas, il a construit des écoles pour les enfants.

Au moins son pognon, servait à quelque chose ! Tous ces enfants de la rue étaient heureux de le voir. !  Il voyait dans leurs pépites noires de la joie, de la vie, de l’espoir. Il n’avait  jamais vu ceci dans le regard de ses propres mômes..

Ici, il comptait pour quelqu’un ! Dans la vie, il faut être important aux yeux de quelqu’un sinon on est malheureux.. Jack trouvait enfin la reconnaissance qu’il avait tant attendue !  

 

Puis, lors d’un trekking dans la montagne, il avait rencontré Maddy, une jolie femme du même age que lui. Elle est interprète au parlement européen.

Maddy est une femme brillante, intelligente. Elle a une allure de jeune garçonnet. Son sourire espiègle lui confère beaucoup de douceur. Jack avait craqué pour son sourire. Maddy avait su dès le premier regard, qu’il était l’homme de sa vie !

 

Jack était le seul français du coin. Maddy était la seule française du coin. Elle était venue se perdre toute seule dans la montagne. Leur rencontre insolite rendait leur amour encore plus fort et singulier. Parfois, il faut attendre une cinquantaine d’années bien trempées, pour rencontrer sa moitié ! Parfois, il faut aller au bout du monde pour trouver son «  Autre ».

Jack et Maddy avaient eu cette chance : Se rencontrer au sommet de la montagne, la tête dans les étoiles, seuls au monde !

 



par Elise publié dans : Essais : une histoire au fil des jours
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Dimanche 29 juin 2008


Axel pousse la porte du commissariat. Il entre et se dirige vers le policier assis derrière la banque accueil.

« Bonjour, j’aimerais déposer une plainte »

Le jeune policier lève à peine le nez et lui répond machinalement :

« Asseyez-vous ! On vous appellera. « 

 

Axel se dirige vers les quelques chaises en métal qui trônent dans l’unique pièce. 

Il se dit en lui-même «  Oh ! Une salle d’attente de fortune !Ils ne se sont pas foulés pour le mobilier ! Toujours aussi accueillants les flics ! « 

 

L’ambiance est tendue. La lumière est blafarde. Une ampoule, pendue à une douille trop longue, se balance de droite à gauche. Les quelques personnes assises se jettent des regards en coin. Un homme avec une apparence étrange est installé à coté d’Axel. Son visage crispé renferme des sentiments de colère. Il tient dans ses mains sa pièce d’identité et il marmonne dans sa barbe des vengeances corses. Axel fait mine de détourner la tête. Le type a bien envie de lui tailler la bavette.

De l’autre coté des deux sièges vides, il y a deux jeunes femmes. Elles parlent forts. Elles ont été agressées dans la rue. Elles sont énervées.

« Le vol de sac à main c’est qui ? » lance un flic depuis son bureau.

La jeune femme lève la main et se dirige vers le policier.

« Ne bougez pas Madame. Je  vous ai pas appelée ! »

Elle se rassoit et soupire. Elle regarde Axel avec un sourire en coin.


« Dis Christophe, tu prendras « la Dame » toute à l’heure ? Moi j’ai pas le temps. Je vais m’occuper du « Monsieur » à droite » lança sans ambages le jeune homme de l’accueil.

«  Hein ? Tu vas t’occuper de qui ? » lui répondit son collègue.

« Bah là ! Le type qui a la plainte contre lui ! Tu sais celui qui est convoqué ! « 

A ce moment là, le jeune flic lève enfin les yeux et regardent les visiteurs.

« Vous là ! Vous venez avec moi ! «  Dit-il en s’adressant au type énervé.

 

Ici pas de nom, ni de prénom. Pas de numéro non plus. Juste des histoires. Les personnes ne sont que des cas. Pas d’émotions. Le vide. On s’occupe des gens en fonction de leurs demandes, et non de leur arrivée. Ici, on ne bouge pas. On file droit !

 

Une porte de bureau s’ouvre sèchement. Un policier passe la tête dans l’entrebâillement de la porte.

« Vous venez avec moi Monsieur ? »


Axel se lève et part dans le petit bureau. Le policier l’invite à s’asseoir en face de lui. Il allume l’ordinateur et dit d’un ton imitant l’ennui :

« Alors ! Qu’est ce qui vous amène ici ? »

Axel est rassuré. Il va pouvoir parler. Il adore se raconter. Parfois, il se noie même dans les détails.

« Je voudrais déposer une plainte contre ma femme. Elle m’a frappé » murmura-t-il.

Il avait lâché les mots ! Il se sentait soulagé ! Il l’avait fait ! Il l’avait dit ! C’était juste un principe de précaution. Dans la vie il vaut mieux «  tenir que courir ». Axel avait bien compris cela.

 

Le flic le regarda froidement. Il sembla intrigué. Puis, il se radoucit et avec un léger sourire il demanda :

« Vous avez une pièce d’identité Monsieur ? Je vais prendre votre plainte.

Racontez moi ça ! C’est arrivé combien de fois ? Comment ça s’est passé ? Vous êtes-vous défendu ? Qu’est ce qui a déclenché la dispute ? C’était quand ? Le jour et l’heure s’il vous plait ! Je vais vous demander d’être précis. Vous avez bien fait de venir. C’est courageux. « 


Axel sentit une oreille attentive. Il se laissa aller à la confidence. Il se conta. Il prit un air timide et maladroit. Il joignit ses deux mains comme  s’il voulait prier. Il parlait avec une petite voix fluette à peine audible. Il accompagnait chaque mot d’un petit mouvement de balancier de ses mains. Son scénario était bien ficelé.


 

par Elise publié dans : Essais : une histoire au fil des jours
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Dimanche 29 juin 2008


Camille entend le bruit de la clé dans la serrure de la porte.

«  Mince ! Frédéric est déjà rentré de week-end. J’espère que je n’ai rien laissé traîner de compromettant ! « 

 

Frédéric avance dans le vestibule. Il dépose sa parka bleu marine sur la patère. Il enlève ses chaussures et les glisse dans le meuble bas. Du regard, il cherche Camille.

« Camille ? Tu es là ? »

 

« Tu es rentré ? Je suis dans la chambre ! »

 

« Mais pourquoi fait-il noir ici ? Tu n’allumes plus les lumières ? Que se passe-t-il ? Ca va ? » Frédéric se dirige vers la chambre. Il n’aime pas laisser Camille seule pendant les week-ends. Il aimerait tant pouvoir faire autrement. Seulement, son ex- femme, Françoise a choisi d’aller vivre à 800 kilomètres de lui.

 

« Ca va Camille ? Je m’inquiète pour toi lorsque je te laisse ! »

« Ca va ! Si tu t’inquiètes, il ne faut pas partir ! Tous les quinze jours tu me laisses seule pour aller passer tes week-ends avec ta fille ! Comment veux-tu que je me sente bien ! « 

« Je sais tout cela. Je suis coupée en deux. J’ai besoin de voir ma fille. Tu comprends cela ? »

« Ce que je comprends moi c’est que tu as choisi ta fille ! Moi je passe en dernier comme toujours ! « 

« Oh ! Ne dis pas cela ! On va encore se fâcher ! Je n’ai pas à choisir entre toi et ma fille ! Je vous aime toutes les deux profondément. Ce sont deux amours différents. Tu ne dois pas comparer. Puis je te rappelle aussi, que lorsque tu m’as rencontré, j’étais déjà dans cette situation là. Je ne t’ai rien caché. Je ne t’ai pas menti. Tu savais à quoi t’attendre. Seulement, à l’époque, tu m’accompagnais. Et on passait les week-ends tous les trois avec la petite. Tu sais que tu lui manques à Chloé ? Elle me demande souvent de tes nouvelles ! Et comment va Camille ? Est-ce que Camille est toujours aussi belle ? Elle n’arrête pas ! Elle est très attachée à toi. Tu sais, j’ai beaucoup de peine que tu ne viennes plus avec moi ! « 

« On ne va pas revenir la dessus ! Je suis fatiguée moi ! Puis, j’en ai marre de tes problèmes, de tes états d’âmes, de ta Françoise et de Chloé. Je dois toujours t’épauler. Mais, moi qui pense à moi ici ? Je suis quoi moi ? La cinquième roue du carrosse ? Qui se fait du souci pour moi ? J’ai l’impression de n’exister pour personne ! Je ne suis rien !  »

« Tu n’as pas le droit de dire cela Camille ! Je t’aime comme je n’ai jamais aimé ! Tu es la femme de ma vie. Avec toi, j’ai plein de projets ! Je sais, j’ai eu tort de freiner tes élans amoureux. Mais comprends moi aussi ! Je viens de vivre un divorce traumatisant ! Ma femme m’a quitté et m’a pris la chair de ma chair ! Elle m’a sali, torpillé, humilié, accusé injustement pour obtenir la garde de Chloé. J’étais si choqué, qu’il m’était impossible de faire de nouveaux projets de vie à deux. Et, plus le temps passe, plus je m’aperçois que je suis toujours vivant ! J’ai des envies et des rêves ! Dans la vie, on survit à tout, même au pire !  Et tout cela Camille, c’est grâce à toi ! Je te dois tout ! J’ai envie de passer ma vie avec toi ! Redonnons-nous une chance d’être heureux ! On a le droit au bonheur tous les deux ! On le mérite après les épreuves que nous avons traversées.  « 

« Je ne sais quoi te répondre Frédéric. A force de me repousser, je me suis blindée. Je ne suis plus certaine de t’aimer. Tu sais l’amour s’abîme si on n’en prend pas soin.  Je suis jeune et j’ai l’avenir devant moi. Je ne veux plus vivre comme ça. J’aspire à construire ma vie et ma famille. Je n’ai pas d’enfant ! Tu comprends cela ? J’ai 35 ans et je n’ai encore rien fait de concret dans la vie ! Toi tu parles toujours de ton passé, comme si tu portais sur ton dos un énorme sac de pierres. Moi, excepté mon enfance douloureuse, je n’ai pas de passé sentimental. Je n’ai encore rien vécu ! Je suis perdue. Peut-être que nous devrions nous séparer ? »

 

Frédéric craque. Il pleure. Il ne s’attendait pas à cette réponse. Il sait qu’il n’a pas été à la hauteur des espérances de sa douce et tendre. Il a le sentiment de payer le prix fort. Il n’a pas su redonner l’élan nécessaire à leur amour.

Camille le regarde sans dire un mot. Elle est incapable de le consoler. Elle ressent un mélange de culpabilité et de rancœur. Elle en veut aux hommes de ne pas être là pour elle ! Elle aimerait tellement être aimée et choyée comme elle le mérite !

 

« Ne me dis pas cela Camille ! Tu me transperces le cœur ! J’ai mal, mal à en crever ! Je t’aime si fort ! Je sais que j’ai été égoïste ! Donne moi une chance, juste une chance ! Ma vie sans toi, ne vaut pas la peine d’être vécue ! Tu es mon souffle, tu es mon oxygène !«  Frédéric s’allonge de tout son poids dans le canapé jaune. Il suffoque.

 

« Que veux- tu que je te dise d’autre ? Je suis désolée Frédéric ! Désolée d’en arriver là ! « 

 

« Tu es désolée ? C’est tout ce que tu as à dire ? Tu as oublié ? Tu as tout oublié ? On s’est aimé tous les deux ! Et l’amour ça ne s’efface pas comme ça d’un coup de gomme blanche ! Tu te souviens de l’enterrement de ma Granny ? « 

 

« Oui ! Je m’en souviens Frédéric ! Le jour de l’enterrement, tu as lu un magnifique texte d’amour. Tu as dit devant toute l’assemblée que j’étais la femme de ta vie ! Tu as posé ta main sur le cercueil de Granny et tu m’as déclamée ton amour ! J’étais bouleversée Frédéric ! » Camille laisse échapper de gros sanglots. Elle ne parvient pas à parler de cet évènement douloureux !

 

« J’ai voulu te témoigner mon Amour ! Ma Granny était ce que j’avais de plus précieux dans la vie ! Elle m’a toujours conseillé, aimé et réconforté. C’était un modèle de générosité et de sagesse. Et ce jour là, j’ai voulu lui dire à quel point j’étais heureux d’avoir rencontré la femme de ma vie. Granny t’appréciait beaucoup tu sais ! Elle serait triste de savoir que nous ne sommes plus heureux tous les deux ! Si tu accroches tous les souvenirs les uns aux autres, comme on accroche les wagons de trains les uns aux autres, alors tu verras une belle et grande histoire d’amour ! Pour cela il faut y croire Camille ! « 

 

Un portable sonne. Camille se retourne. C’est son portable. Elle tourne le dos à Frédéric. Elle prend l’appareil. Elle lit :

« Mon Chaton, je suis bien rentré. Je te dis à demain. Un tendre bisou. Axel. »

Camille cache son sourire. Le message ensoleille son cœur. Elle se sent légère.

Axel a le pouvoir de modifier son humeur.

 

Frédéric file  dans la salle de bain. Il réfléchit. Il a envie de se battre. Il veut prouver à quel point il aime Camille. Il se répète en boucle : 

«  Vouloir c’est pouvoir ! Je veux passer ma vie à ses côtés. Alors j’y arriverai ! Il faut que j’organise un somptueux week-end pour lui demander sa main ! Ca me remonte le moral de penser à tout cela. Je sais que c’est la femme de ma vie. C’est un beau cadeau ! Le plus dur dans la vie c’est d’errer seul à la recherche de sa moitié ! On doute et on s’essouffle. On souffre de ne pas trouver l’amour. On avance seul et on tâtonne.  Puis lorsqu’on le rencontre, c’est une évidence. Je crois que tout le monde n’a pas cette chance. Certaines personnes ne rencontrent jamais leur moitié. La vie m’a fait une fleur ! J’ai rencontré ma douce Camille ! Je n’ai pas été à la hauteur de notre amour ! J’ai été faible et lâche ! Quel nul ! J’ai laissé passer tous ces moments de bonheur sous prétexte que mon cœur était emmuré dans le malheur ! C’est facile aussi de refuser d’être heureux et de se lamenter sur son sort ! Je devrais avoir honte ! Aujourd’hui, j’ai compris ! Je veux avancer ! Je veux vivre heureux avec Camille ! Ma Camille !   « 

 

par Elise publié dans : Essais : une histoire au fil des jours
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Dimanche 29 juin 2008

Camille referme la porte d’entrée derrière Axel. Elle court en direction de la fenêtre. Elle fixe tristement la silhouette d’Axel. Elle aime à ce point culminant où l’amour et la douleur ne font plus qu’un. Elle reste immobile, perdue dans ses pensées.

Les larmes roulent doucement le long de ses pommettes saillantes. Son maquillage coulent et colore l’eau lacrymale en noir.

 

« Pourquoi dois-je souffrir ? N’ai-je pas déjà payé mon tribut ? Je pensais avoir le droit à un peu de bonheur dans la vie ! J’ai l’impression que personne ne m’aime assez ! Je suis une oubliée de l’Amour. Partout, les gens s’aiment et se le disent. Et moi, je me sens si seule dans ce monde comme si j’étais à part ! « 

 

Dans ces moments là, Camille pense à son père décédé. Ce décès a été si tragique  qu’une partie d’elle-même vit au fin fond des abîmes.

Camille n’a presque pas connu ce père qu’elle aime  imaginer. Elle s’est inventée un père sur mesure. Elle a construit son identité autour de la figure paternelle fissurée.

 

Les parents de Camille se sont séparés alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.

Un soir, elle a vu son père saisir la valise en carton gris. Il a jeté un bref regard à sa femme, comme s’il voulait la défier et lui dire :

 «  Bien voilà, Gillette c’est fini ! Cette fois-ci tu ne me retiendras pas ! »

 

La mère n’a rien dit. Elle a entendu les silences de son mari. Elle a  compris qu’elle ne pouvait rien faire pour retenir celui qu’elle aimait. Il y a des histoires d’amour qui se terminent comme ça, sans un mot, sans un cri. L’amour s’est usé comme une vieille corde rêche et le lien s’est rompu sèchement.

 

Sans dire un mot, le père a quitté la maison. Il ne s’est même pas retourné pour regarder sa fille. Camille était assise sur une chaise en bois. Elle balançait ses pieds dans le vide. Elle attendait un geste, un signe de son père, mais il ne fit rien. Devant autant d’indifférence, l’enfant s’est brisée. Camille s’est mise à pleurer puis elle s’est levée pour courir après son père. Sa mère l’a rattrapée par le bras et lui a dit d’un ton qui se voulait rassurant : «  Laisse le partir. C’est son choix. « 

 

Depuis ce jour là,  Camille s’est réfugiée dans un monde imaginaire pour adoucir son chagrin. Elle porte au fond de son cœur la blessure de cette rupture inexpliquée. Elle vit dans la peur de l’abandon comme si elle n’était pas digne d’être aimée. Son père n’a pas jugé nécessaire de l’embrasser ni de lui dire des mots réconfortants, des mots magiques. Il n’a pas eu envie de protéger sa petite fille. Camille se sent coupable de cette situation.

 

Puis, sa mère a fini par refaire sa vie comme on dit. Toute la petite famille a quitté l’île antillaise pour venir s’installer dans le froid cinglant de la métropole grise. Camille a eu un « beau-père ». Ce dernier était violent. Il battait l’enfant. Les ruptures et les cassures rythment la vie de Camille. Puis, à l’age adulte, la jolie jeune femme s’est mise en quête de retrouver son père. Elle a fait des longues recherches ponctuées d’incertitudes. Au bout de quelques années, elle a retrouvé la trace de celui qui lui manquait temps. Elle a repris contact avec l’Absent. Camille était enfin heureuse. Sa vie devenait belle et légère ! Les gros nuages gris avaient laissé place à un ciel bleu ensoleillé. Elle avait retrouvé son père ! Elle l’aimait !

Seulement, la vie a réservé une fin douloureuse à cette belle histoire naissante. L’Absent est décédé brutalement quelques jours avant la venue de sa fille. En apprenant le décès de son père, Camille a hurlé comme une bête sauvage enfermée dans une cage. Elle a pleuré toutes les larmes de son corps. Le coup du destin a fini d’entamer ses derniers espoirs. Elle s’est remplie de chagrin et de rancœur. Elle a cru perdre la raison tellement la douleur était aigue.

Depuis, ce jour là, Camille est meurtrie. Tout son corps est devenu douloureux sous le poids du chagrin.

 

 

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Mercredi 11 juin 2008

Axel est dans le métro qui le ramène chez lui. Il regarde les autres voyageurs. Il s’est assis sur le strapontin près de la vitre. Il se cale contre la fenêtre. Il ouvre délicatement, l’enveloppe que Camille lui a donnée. Il lit la lettre. Il se sent  mal. Il ne sait pas s’il mérite ces mots d’amour !

Il est nauséeux. Il a quitté les bras de Camille pour aller retrouver Angèle et ses yeux remplis de larmes. Il lui en veut ! Elle le culpabilise ! Si elle avait un amant, il ne passerait pas pour un salaud ! Si seulement, elle savait à quel point, elle lui gâche ses moments de bonheur. Il est bouffé par le remord !

Axel attrape son portable. Il rédige un «  sms «  pour Angèle :

«  Bonjour Angèle. Je suis allé me promener cet après-midi. Je rentrerai en fin de soirée. Axel »

 

 « Voilà, c’est fait ! J’ai envoyé un sms pour prévenir Angèle. Elle ne pourra rien me reprocher ! J’en ai marre de tout ! Camille me met la pression. Angèle me culpabilise. J’ai une vie de merde avec une relation de merde ! Je ne sais plus où j’en suis ! Je ne sais pas combien de temps je vais tenir !  « 

 

Axel dévisage la fille assise en face de lui. Il est troublé par le bleu de son regard.

«  Pas mal  la  blonde  aux yeux bleus ! Elle a un très beau regard bleu. J’aime bien sa voix rauque.» Pensa-t-il.

 

La voyageuse est accompagnée d’un homme. Elle porte un pantalon beige en velours. Elle a posé son sac à main sur ses genoux. Elle affiche un grand sourire qui laisse apparaitre de jolies dents blanches. Elle parle haut et fort. Son ton est revendicatif. Des mots vulgaires s’échappent de sa jolie bouche charnue.

Axel l’écoute parler. Il est attiré par son côté sauvage ! Elle ne ressemble pas aux femmes qu’il a l’habitude de côtoyer !

« Punaise, elle est  vulgaire en plus ! C’est excitant ! Cette fille est habituée à se faire draguer. Elle a du chien ! Elle doit être méfiante ! Ca ne doit pas être une «  chaude « ! Pourtant, elle a l’air «  bonne » !  Comme d’habitude, j’ai envie de sexe pour apaiser mes angoisses ! « 

 

Axel joue avec son alliance. Il l’a fait rouler sur son doigt. Elle est en platine. Il voulait ce qui se fait de mieux ! Parfois, l’anneau le gène comme si le lien qui l’unissait à sa femme était trop lourd à supporter ! Il lui arrive d’avoir envie de l’enlever comme s’il voulait quitter Angèle. Un jour, Axel a ôté son alliance. Il l’a laissée chez lui,  posée en évidence, sur la table de chevet. Puis, il l’a oubliée. Arrivé sur  son lieu de  travail, il réalisa qu’il ne portait pas son alliance. Il était incapable de se souvenir s’il l’avait ôtée ou s’il l’avait égarée ! Toute la journée, il eut peur que sa femme s’en aperçoive ! Il avait mal au ventre ! Il vivait ceci comme une catastrophe ! Qu’allait-il dire à Angèle ? Et, le soir, en se couchant, il retrouva l’anneau en platine ! Angèle n’avait rien remarqué ! Il souffla de soulagement !

 

Axel est plongé dans ses pensées. Il regarde défiler les stations de métro. Il est absent. Il entend le signal d’alarme retentir. Il sursaute. Il regarde par la fenêtre. C’est sa station ! Il prend sa sacoche et court jusqu’à la porte !

Axel avance comme une âme en peine ! Il ressasse les derniers évènements :

« Allez ! Du courage ! Je dois y aller ! Ma femme va me faire la gueule ! « 


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Dimanche 8 juin 2008

 

Angèle est au centre commercial. Elle n'a aucune nouvelle d'Axel. Elle attend toujours son sms.
Elle a préféré sortir de chez elle, plutôt que de tourner comme un fauve en cage. Le chagrin l’emporte tout doucement. Elle a une grosse boule dans la gorge. Elle respire de plus en plus difficilement. Elle pense à Axel.

« Mais où peut-il bien être depuis tout ce temps là ? Cela fait deux jours que je n’ai pas de nouvelles. Chez qui est-il allé ? Est-ce qu’il pense à moi ? Je ne sais plus si je l’aime encore. Mais son absence me pèse. J’aimerais lui parler. On ne peut pas  se murer ainsi dans le silence indéfiniment. Son indifférence me tue à petit feu !  « 

 

Angèle arpente les allées du magasin. Elle a le regard sombre et la mine triste. Elle se cache dans ses vêtements. Elle s’enroule dans sa grande écharpe multicolore, ne laissant apparaître que ses yeux rougis par les larmes. Elle a honte d’être devenue aussi insignifiante. Elle marche tête basse. Elle ne regarde même pas les boutiques. Elle marche pour oublier qu’elle vit mal.  Elle s’engouffre à la hâte dans le magasin de livres. C’est le seul endroit où elle se sente à l’aise. Ici, elle a sa place entre les piles de bouquins !  Qu’irait-elle faire dans une boutique de prêt-à-porter avec ses formes disgracieuses ? Angèle s’efface petit à petit jusqu’à devenir invisible !

 

Elle feuillète les livres. Elle ne sait plus ce qu’elle aime lire. Elle est perdue. Doit-elle lire un livre sur le développement personnel ou un roman d’amour ? Elle ne sait que choisir. Elle regarde les bouquins sur les difficultés de vie de couple ! Elle n’en revient pas de voir autant de titres sur ce sujet là ! C’est un véritable fond de commerce ! Il y’a de tout et  dans tous les genres. Angèle en prend un et le parcourt. Elle sait que ce n’est pas son style de lecture. C’est beaucoup trop théorique pour elle. Angèle est une rêveuse qui a besoin de s’échapper et de voyager !

 

Pendant qu’Angèle se pose mille et une questions, un homme la regarde. Il l’a fixe intensément. Il aimerait lui parler. Mais il n’ose pas l’aborder. Elle a l’air si absorbée le nez dans son livre ! Il passe près d’elle, et il la bouscule. Elle se déplace sans quitter des yeux son bouquin ! Il essaie d’attirer son attention en passant et repassant près d’elle. Mais, elle ne le voit pas ! Elle est comme ailleurs, dans un autre monde, dans un autre temps ! La situation l’amuse. L’imperturbable Angèle l’intrigue !

Il s’approche d’elle et d’un ton peu assuré lui entonne :

« Bonjour ! Je vous observe depuis toute à l’heure et je dois dire que vous ne me laissez pas indifférent ! Je vous trouve ravissante ! « 

 

Angèle lui lance un regard ahuri. Elle est étonnée. Elle écarquille des yeux ! Elle jette un œil derrière son épaule pour voir si cet inconnu ne s’adresse pas à une autre personne. Elle sourit et ne dit rien !

 

L’inconnu l’a regarde intensément avec un immense sourire laissant apparaître de belles dents blanches.

« Oh ! Je ne me suis pas présenté ! Je m’appelle Philippe ! Je n’ai pas l’habitude d’accoster les femmes de cette façon là ! J’ai été poussé par une irrépressible envie de vous parler ! Je me suis dit que si je ne vous parlais pas, je le regretterai longtemps ! Comment vous appelez-vous ? »

 

Angèle a un regard  teinté de suspicion ! Elle ne comprend pas ce qui se passe ! Un inconnu est venu lui parler alors qu’elle est enlaidie par la tristesse ! Elle a l’impression que la situation est surréaliste !

 

« Je m’appelle Angèle ! «  Elle a une petite voix gênée et un sourire en coin !

 

«  Angèle ! Mais quel magnifique prénom ! Il vous va à ravir ! J’essayais d’imaginer le prénom que vous portiez ! Vous savez lorsque l’on rencontre une personne qui dégage quelque chose de fort, on cherche toujours  à savoir quel est son prénom ! Et l’on extrapole ! Que lisez-vous là ? »

 

« Oh ! Rien d’intéressant à mon goût ! C’est un livre sur les relations de couple. Vous savez ces livres où l’on vous donne tout un tas de conseils ? Ces livres où l’on vous explique ce que vous devez faire et ne pas faire ? Bref, j’apprends à faire et à ne pas faire ! Je crois que j’ai toujours eu tout faux ! Je suis une passionnée moi alors la théorie me passe au dessus de la tête ! Mais, je crois qu’en ce moment, cela ne me ferait pas de mal ! « 

 Angèle s’aperçoit qu’elle est un moulin à paroles ! Elle se fait peur ! Elle ne connaît pas cet homme et elle parle avec beaucoup d’entrain. Elle se sent ridicule. Gênée, elle s’interrompt.

Philippe l’écoute avec beaucoup d’attention. Il a un sourire magnifique !

«  Mais pourquoi vous arrêtez vous ? C’est très intéressant ce que vous dîtes ! Si je comprends bien vous vivez les choses avec beaucoup de spontanéité ! Et vous avez bien raison ! J’imagine que l’on vous  dit tout le temps que vous êtes très jolie ! « 

 

Angèle est surprise. Elle a les larmes aux yeux. Elle répond avec une voix à peine audible :

« Parce que les gens s’imaginent que l’on me dit souvent que je suis jolie, alors personne ne me fait de compliments ! Merci alors pour le compliment ! « 

Angèle se fend d’un sourire !

 

« Votre sourire est sublime ! J’ai bien fait de vous accoster ! J’aimerais beaucoup vous connaître ! Est-ce que vous accepteriez que je vous offre un verre ! « 

 

Angèle recule. Elle fait un pas d’hésitation. Elle se mordille les lèvres. Cette invitation l’étonne. Philippe est un homme très agréable ! Il est charmeur et drôle ! Angèle a envie de se laisser tenter mais elle ne peut pas !

 

« Oh ! Je ne peux pas. Je ne suis pas libre ! Je suis désolée. Je suis sincèrement désolée si j’ai pu laisser entrevoir quoique ce soit ! « 

 

« Ne vous excusez pas Angèle ! Vous n’y êtes pour rien ! Vous êtes si jolie et si douce, que j’ai envie de partager du temps avec vous ! Nous pourrions aller prendre un verre amical non ? »

 

Angèle se sent fragile. Elle sait qu’elle pourrait se laisser séduire. Elle  glisserait facilement dans les bras d’un homme, juste pour être réconfortée ! Cette idée la culpabilise. Elle réalise qu’elle pourrait être infidèle à Axel. Même si son amour est enraciné dans le cœur d’Axel, elle est capable de voler de la tendresse à un autre homme. Elle s’en veut d’avoir des pensées aussi volages ! Elle a honte de son comportement. Il suffit d’une faille dans son couple, pour qu’elle regarde ailleurs ! Elle ne pensait pas être aussi légère et inconstante !

Sa voix est hésitante :

« Non je ne peux pas accepter un verre amical. Ce ne serait pas bien ! Je suis mariée. Et je vais devoir rentrer ! « 

 

« Et bien ! Vous êtes surement mal mariée ! « 

 

« Pardon ? »

 

« Je voulais dire que votre mari a beaucoup de chances ! Et à sa place, je ne vous aurai pas laissée seule aujourd’hui ! « 

 

« Evidemment ! Mais vous n’êtes pas à sa place alors ! Puis, je ne suis pas disponible. « 

 

« J’imagine bien ! Mais moi je reste persuadée que nous pourrions partager quelques moments ensemble ! J’ai un bon feeling avec vous ! Vous me plaisez tellement ! Tout chez vous m’attire ! « 

 

« Merci ! Vous me flattez là ! Mais je n’ai pas envie d’être infidèle ! « 

 

« Et au-delà de l’infidélité, vous en penseriez quoi de partager des moments de rires et de complicités ? « 

 

« J’adorerai. Mais je ne peux pas. C’est ainsi ! « 

 

« C’est drôlement triste ce que vous dîtes ! Vous me faîtes beaucoup de peine ! Vous avez la liberté de choisir vous savez ! Je vais vous dire quelque chose de dure mais de si vrai : Ma chère Angèle on a la vie que l’on veut bien se donner ! Alors si vous avez envie de rire, appelez moi sur mon numéro de portable ! «  Philippe donna sa carte de visite.

 

« Merci, je vous appellerai peut-être ! « 

 

« J’espère vous revoir Angèle ! Prenez soin de vous ! « 

 

Philippe tourna le dos à Angèle. Il avança d’un pas rapide vers la sortie du magasin. Il était déçu par la réponse d’Angèle. Il avait cru ressentir une sorte de réciprocité dans leur discussion. Il avait vu le visage d’Angèle s’illuminer. Elle lui avait menti. Il savait au fond de lui-même qu’il lui plaisait. Il ne comprenait pas son refus catégorique.

Philippe pensait en lui-même :

« Elle n’est pas libre, elle n’est pas libre, la belle affaire ! Si son cœur était ailleurs, pourquoi m’aurait-elle parlé avec autant de plaisir ? Je ne peux pas douter ! Ses yeux brillaient et son sourire était si franc ! Elle a même fait un effort pour refuser mon invitation ! Elle a résisté à la tentation ! Je crois que c’est ça ! Je devais trop lui plaire ! Elle a pris peur ! Elle ne s’attendait pas à cela ! Elle était tranquillement en train de parcourir des bouquins et je déboule comme ça ! Elle me rappellera peut-être ! Mais pourquoi, je ne tombe que sur des femmes mariées ! Elle me plaisait avant même que je sache qu’elle était mariée ! On ne peut pas dire que je le fais sciemment ! Elle est si jolie et si naturelle ! Je suis tombée sous le charme ! Ah ! Si elle me rappelle, je lui dirai tout ce que j’ai sur le cœur ! Je dois lui dire ! « 

 

 

Angèle est restée immobile. Elle ne bouge plus. Elle s’est enfermée dans le plaisir de cet échange. Les paroles de Philippe sont du miel qui coule dans ses veines. Elle se gargarise de toute la douceur que lui a offerte cet inconnu ! Philippe a déposé sur ses plaies un pansement. Angèle se sent apaisée. Elle peut encore plaire !

« J’ignorais qu’un homme pouvait me regarder avec envie ! Je ne pensais pas susciter l’intérêt de qui  que ce soit ! Tout cela appartenait au passé ! J’ai cru mourir au même rythme que mon histoire d’amour ! Pourtant, je suis bien vivante ! Mais,  je ne peux accepter d’être faible ! S’il suffit qu’un homme soit beau et gentil pour que je tombe dans ses bras, je me demande avec quelle ferveur j’aime mon mari ? Mes sentiments sont troubles. Je culpabilise. Je viens de me disputer avec Axel et je prends du plaisir à être séduite par un autre homme ! C’est immoral. Il ne faudra jamais que je raconte cette histoire ! Je l’emporterai dans ma tombe ! Je pense avoir mal agi. Je n’ai pas lutté contre mes désirs ! Je dois absolument me ressaisir ! Ma vie est avec Axel et avec personne d’autre ! « 

 

 

 

 

 

par Elise publié dans : Essais : une histoire au fil des jours
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Mercredi 4 juin 2008

Ce matin, Camille s’est levée la première. Elle veut faire une surprise à Axel ! Elle est allée à la boulangerie pour acheter des croissants !

Tranquillement, dans la tiédeur du matin, elle prépare un petit déjeuner. Elle pose sur le plateau une tasse de thé vert, un croissant et une rose rouge ! Elle est heureuse comme elle ne l’a pas été depuis longtemps !

Ses émotions sont si fortes qu’elles en deviennent indicibles ! L’amour s’ancre petit à petit dans son cœur.

 

Elle porte le plateau jusqu’à la chambre où dort profondément Axel. Il est étendu sur lit king size. La couette est en bouchon au bout du lit. Un rayon de lumière dessine ses courbes masculines.

Elle s’approche tout doucement de lui. Il sursaute et la regarde avec un air étonné :

« Camille ? Que fais-tu ? »

« Je t’apporte le petit déjeuner au lit mon cœur ! »

« Oh ! Comme c’est gentil ! C’est la première fois qu’une femme m’offre un petit déjeuner comme ça ! Approche que je t’embrasse ! « 

Il attrape le bras de Camille et l’attire doucement vers lui. Elle pousse un petit cri d’étonnement ! Elle lui sourit amoureusement :

« Axel ! Tu vas faire tomber le plateau ! Attends je le pose par terre ! « 

 

Camille pose le plateau et embrasse fougueusement Axel. Elle serre fermement  son corps contre le sien. Elle aimerait arrêter le temps pour graver cet instant  à jamais dans son cœur. Elle couvre de baisers le corps  de son amant. Elle veut le rendre esclave de ses caresses !  Axel semble ronronner. Il ne bouge plus. Il étire son corps comme s’il souhaitait sentir la bouche de Camille sur toutes les parcelles de sa peau ! Camille laisse l’empreinte de sa bouche sur la peau de son amant ! Elle se colle tendrement sur son dos. Il sent sa poitrine se mouvoir au rythme de sa respiration. Elle excite ses sens et lui susurre à l’oreille : «  Je veux que tu sois rassasié ! « 

Axel s’abandonne au plaisir de la chair ! Camille lui fait perdre la tête avec son chant des sirènes ! Axel la dévore sauvagement ! Il ne se contrôle plus ! La jouissance est symbiotique !

Camille ose à peine bouger de peur que tout ne soit qu’un rêve !

Son corps git sur le lit ! Elle est bercée par le plaisir ! Axel la prend dans  ses bras. Il l’embrasse sur le front. Il lui serre la main, et il s’endort sereinement !  

 

Une larme roule sur la joue de Camille. Elle se sent vulnérable ! Elle aimerait que le temps reste suspendu à ce moment. Elle a peur de perdre son amant. Elle songe à Angèle ! C’est terrible ! Elle se compare toujours  à son amie ! Elle se met en concurrence avec elle ! Les plus merveilleux moments d’amour en compagnie de son amant, la renvoient systématiquement à son amie ! Elle ne peut lutter contre sa jalousie ! Sa relation amoureuse avec Axel n’existe pas en dehors d’Angèle !

 

Son corps renferme l’étreinte passionnée qu’elle vient de partager avec son amant. C’était si bon et si fort que les questions envahissent son esprit ! A-t-il déjà eu ces étreintes sauvages avec Angèle ? Elle l’ignore ! Elle aimerait tant être l’Unique ! Elle voudrait être l’initiatrice des plaisirs de la chair ! Elle aimerait être aussi singulière qu’Axel l’est pour elle !