Je me souviens de ces moments de joies partagées
De nos rires complices
De cette belle amitié qui nous unissait.
Mon cœur d’amie fidèle
Gorgé de ce bonheur naïf
Tissait le lien solidement.
Jusqu’à t’enraciner dans ma vie,
Pour partager nos envies.
Nos craintes et nos doutes.
Vient le jour,
De la falaise escarpée,
Le vide et le vent glacial
Ont soufflé sinistrement
Sur notre belle amitié.
Devant le vide,
J’ai attendu ta main,
Tu ne l’as pas tendue,
Je suis restée là, seule,
A me languir de mon ami,
A contempler la douleur des manquements.
Je me suis assise sur un rocher,
Et mon cœur d’amie,
A pleuré de désespoir.
Construire et bâtir une amitié
Aussi haut que peuvent voler les cerfs volant,
Et plus douloureuse sera la chute !
Avec toi ou sans toi,
Ma vie ne sera plus la même,
Près de toi ou sans toi,
J’aurai toujours cette boule dans la gorge.
Un jour mon ami
A oublié,
M’a oubliée
Devant la falaise escarpée.
Pleurer
Parce qu’il n’y a plus rien d’autre !
Juste des larmes fidèles
Pour unique refuge.
Pleurer puisqu’il n’y a plus rien à espérer !
Plus rien à vivre
Plus rien à désirer !
Pleurer puisque la vie s’en est allé
Ta vie,
Par ricochet ma sombre vie
La chair de poule horripilent mon corps engourdi ,
La nausée au bord des lèvres,
La désillusion me serre le coeur,
Dans ma tête, les souvenirs giclent les unes contre les autres.
Et ce fichu chagrin incommensurable
Qui ne me quitte plus !
Tout s'en est allé avec toi !
Il ne me reste que la mélancolique tristesse !
Le chaos..
L’envie
Me jette dans la vie,
Se recroqueviller au confin du désespoir
Et se laisser mourir de chagrin.
Ma Granny !
Dis-moi, dis moi,
Quand le jour viendra de retrouver
La paix et la douce quiétude ?
Ma Granny,
Mes larmes coulent,
Dans le silence de l'indifférence
Je suis le vide et le
néant.
Avide,
Je promène mon cœur au fond de l’abime.
Axel est dans la salle de bain. Le gilet d’Angèle est étalé dans la baignoire.
« Mais qu’est ce qu’elle fout avec son gilet ? Il est trempé ! Elle ne va pas me faire croire qu’elle le lave à la main ? Elle m’a fait chier pour acheter la Rolls de la machine à laver et elle lave son linge à la main ? Elle va me rendre dingue ! «
« Angèle c’est quoi ce pull qui traine là ? Tu peux me le dire ? Tu ne peux pas ranger tes affaires ? « Axel s’avance dans le bureau et tend le pull à Angèle. Il est énervé. Il secoue le gilet trempé dans tous les sens.
Angèle est assise à son bureau. Elle tourne la tête vers son mari et lui dit d’un air triste :
« Bah la machine à laver est tombée en panne au moment de l’essorage. Et elle n’est plus sous garantie en plus. Je n’arrive pas à essorer le pull à la main. Tu m’as fait tellement mal à mon bras. «
Axel se tient dans l’embrasure de la porte. Il a mis ses mains sur sa taille.
« Tu as fait quoi avec la machine à laver ? Tu plaisantes j’espère ? Qu’est ce que tu as foutu encore ? »
« Rien ! J’ai rien fait ! Je te jure ! Elle marche mais elle n’essore plus. Je n’y suis pour rien ! C’est pas de ma faute. Crois-moi ! «
« Ouais ! T’es vraiment une tartine quand tu t’y mets ! «
Axel lui tourne le dos.
« Arrête de me prendre de haut comme ça ! C’est vraiment désagréable ! «
Axel ne répond pas. Il est en colère. Il gonfle son torse et se redresse. Il file dans la cuisine. Il met le pull dans la machine. « Elle me fait vraiment chier ! «
Angèle se tait et se mure dans le silence. Axel l’a blessée. Après plusieurs jours d’absence, il n’a même pas un mot de réconfort. Elle a envie de pleurer. Elle retient ses larmes. Elle refuse de montrer ses émotions.
Axel revient dans le bureau et d’une voix sure de lui, il lance à sa femme : « Bah elle fonctionne la machine à laver ! Qu’est ce que tu me racontes là ? Tu dis n’importe quoi ! «
« Elle a essoré le pull ? »
« Evidemment ! T’es pas futée toi ! Hein ! « Axel se gausse de sa femme.
Angèle prend la mouche. Elle ne supporte plus le ton de son mari. Elle sent qu’elle va exploser. « Je dois mordre ma langue pour ne pas laisser échapper ma colère ! Mais pourquoi je suis aussi impulsive ! «
« Oh ! Ca suffit Axel ! Tu joues à quoi là avec tes grands airs ! C’est bon ! Tu ne m’impressionnes pas ! Je ne suis pas dupe ! Alors dégage ! Tu me saoules à faire le kéké »
« Ma pauvre Angèle ! Tu me fais pitié à t’énerver comme ça ! Tu n’as aucune retenue ! «
« Ca va ! Cesse de me provoquer pauvre con ! Tu n’es qu’un menteur, un salaud ! Je ne te supporte plus avec ton regard sournois ! Tu crois quoi ? Je le vois bien ton petit manège ! Tu joues les victimes ! Tu es un faible Axel ! Tu n’assumes rien ! Tu passes ton temps à dissimuler les choses ! Tu t’inventes un personnage ! Tu es un malade, un névrosé, un pathos ! Tu es bon pour l’asile ! «
« Ne m’insulte pas Angèle ! C’est terminé ! Je n’ai plus peur de toi ! Tu ne m’impressionnes plus ! Je ne crains plus de te perdre ! J’ai vécu dans la peur que tu ne m’aimes plus ! A chaque respiration, je pensais que tu allais me quitter ! Aujourd’hui, je ne vis plus dans le désir de te plaire ! C’est fini tout ça ! Puis Angèle, laisse- moi te dire que tu es vulgaire ! Tu m’insultes tout le temps de con et de salaud ! Comment veux-tu me plaire ? «
Angèle est soufflée ! Elle reste bouche bée. Axel affiche son petit air narquois ; celui qui blesse Angèle. Elle se réfugie dans la cuisine. Elle prend un paquet de gâteaux pour apaiser ses angoisses.
Elle avale un biscuit, tout rond. Le sucre lui fait du bien. Elle en prend un deuxième. Elle engloutit presque tout le paquet.
Axel la surprend.
« Et après tu vas te plaindre de grossir ! Puis, prends le temps de déguster ! On ne va pas te voler tes gâteaux ! Tu ne savoures même pas ce que tu manges ! «
Angèle a honte. Elle ne répond rien. Elle arrête de se goinfrer.
Ces derniers temps, Angèle a pris l’habitude de calmer ses angoisses en mangeant. Elle sait qu’Axel n’apprécie pas du tout. Alors, parfois, elle dévore des sucreries en cachette. Elle n’est pas fière d’elle.
« Au fait, Angèle, mon père va surement venir quelques jours ici ! «
Angèle est couchée dans le canapé. Elle se redresse comme surprise par la nouvelle.
« Comment ça ? Il est où ton père ? «
« Il est à Paris. «
« Il vient quand et combien de temps ? »
« Je n’en sais rien Angèle ! C’est ma famille et je les reçois si cela me plait ! Alors, si tu n’es pas d’accord, tu pars ! J’en ai marre ! Je veux que mon père et mon frère puissent venir quand ils veulent chez moi ! Et avec toi, ce n’est pas possible ! Tu es un frein ! «
« Tu es un menteur Axel ! Je n’ai jamais refusé de recevoir ta famille ! Ils viennent tout le temps chez nous ! Il n’y a pas un mois où ils ne sont pas là ! Mais, je n’apprécie pas qu’ils viennent sans me prévenir à l’avance ! Ici ce n’est pas un hôtel ! «
« Tu ne peux pas comprendre ! Tu n’as pas de famille ! Et je ne suis pas responsable moi ! Ma famille n’a pas besoin d’un carton d’invitation pour venir chez moi ! «
« Ouais ! C’est facile de dire ça ! Quand je suis au travail et que ton frère m’appelle car il est à la porte, qui vient ? C’est moi ! Je dois laisser mon boulot pour venir lui ouvrir ! Mais je ne suis pas à la disposition de ta famille ! Et l’autre soir quand je suis rentrée du travail à 17 heures ton père m’attendait sur le pas de la porte ! Il était en colère car tu lui avais dit que je reviendrais à 16 heures ! Seulement, personne ne m’a prévenue ! Et l’autre fois ! Je te rappelle que ton père a débarqué pour diner chez nous à 23 heures ! Et qui prépare le diner, fait la vaisselle et sert ta famille ? C’est moi ! Je suis la boniche de tout le monde ! Bah non ! Je ne peux pas vivre comme cela ! J’ai besoin de mon intimité ! Et ta famille n’a aucun savoir vivre ! «
« J’en ai marre de m’engueuler avec toi à propos de ma famille ! Ce sont les personnes que j’aime et sur qui je peux compter dans la vie ! Tu ignores ce que c’est toi ! T’es toute seule ! Alors, mon père vient chez nous que cela te plaise ou pas ! C’est chez moi et par conséquent c’est chez mon père ! «
Axel fonce dans la chambre. Il claque la porte et se couche. Angèle lui emboite le pas, bien décidée à trouver un terrain d’entente. Axel est dans le lit. Il a éteint la lumière.
« Axel ? »
Il ne répond pas. Il fait mine de dormir. Angèle est ennuyée :
« Axel ? Il vient demain ton papa ? »
Elle n’aura pas de réponse à sa question. Axel l’ignore. Angèle retourne sur l’ordinateur. Elle a les larmes aux yeux. Elle souffre. Elle manque de tendresse.
Angèle ne comprend pas ce qui se passe.
« Avec Axel, soit je suis silencieuse, soit on se dispute. Je suis incapable d’avoir des mots agréables et gentils. J’aimerais tant avoir une discussion normale avec lui ! Mais cela semble impossible ! Je n’y arrive pas ! La seule chose que nous savons faire c’est nous quereller ! Je m’en veux terriblement ! J’aimerais être différente ! Je me sens coupable ! Pourquoi je ne peux pas prononcer des mots doux ? «
Angèle quitte son bureau. Elle fait les cent pas dans la pièce. Elle est malheureuse comme les pierres. Elle a l’impression que sa relation avec Axel lui échappe. Elle ne parvient pas à redresser la barre. Tous ses efforts son vains.
Elle voit la sacoche d’Axel, posée par terre, sous le bureau. Elle jette un œil dedans.
Un papier du commissariat attire son attention. Elle le déplie et elle lit.
« Axel a déposé une plainte contre moi ! Mais une plainte pour quel motif ? C’est pas possible ! «
Elle prend son portable et compose le numéro de téléphone de Charles.
Axel hâte le pas. « Il est déjà 21h30. Angèle va encore me faire un sketch !»
Angèle est triste et dépitée. Elle ne sait même pas si Axel rentrera ce soir. Elle doute de tout. Elle est paumée. Ses certitudes volent en éclat. Elle repense au type du centre commercial. Elle pense à Axel. Elle culpabilise.
« Est-ce que tous les couples passent pas là ? Je ne sais pas. Est-ce que je suis trop exigeante ? J’aime tellement la perfection ! Je voudrais vivre une histoire sans faille et sans doute. Je veux qu’Axel soit à la fois mon meilleur ami, mon confident, mon mari, mon amant et mon père. Je lui en demande trop ! Ce n’est pas superman !
J’ai besoin d’admirer pour aimer. Axel est tombé de son piédestal. Aujourd’hui, il n’est plus l’homme que j’ai aimé. Je le trouve couard et lâche. Il ne me séduit plus. Mais pourquoi ai-je besoin de mettre les gens sur un piédestal ? J’ai eu tort ! Axel est un être humain et pas un surhomme. Il a ses faiblesses. Je dois accepter qu’il ne soit pas infaillible. Souvent, Axel me répète qu’il n’est pas en béton. Je heurte sa sensibilité. Je ne le ménage pas. Je le rabroue. J’ai la tête dans le guidon. Je passe mon temps à foncer et à enfoncer des portes fermées. Je néglige Axel. Je pédale à côté du vélo.
Je ne sais pas si j’aurai la force de redonner l’élan nécessaire à notre couple. On s’est fait trop de mal. Le contentieux est trop épais. Entre nous s’est dressé un mur d’incompréhension. Je rêve à un autre homme et à une autre vie ! Est-ce possible de se tromper de rêve ?«
Axel entre dans le bureau. Angèle le regarde d’un œil torve. Un ange passe. Tous deux n’ont rien à se dire. La colère alimente leurs sentiments. Pas un mot, pas un reproche ne fusent. Ils s’ignorent. L’indifférence s’installe là où elle blesse, là où elle brûle les derniers sentiments d’amour. Axel est froid et distant. Il jette à Angèle un regard condescendant. Sa femme l’agace. Elle passe son temps sur internet. Il ne comprend pas qu’elle vive sa vie par procuration. Ca le rend dingue. Angèle semble imperturbable. Elle clique, elle lit, elle regarde la toile avec des yeux d’enfants émerveillés. Elle est dans son monde et dans sa bulle.
Axel quitte le bureau. Il porte le poids de l’échec. Il n’a plus la force de se redresser. Plus il avance dans le temps et plus sa démarche est voutée. Il s’enlise dans une vie qui n’est pas la sienne.
« Angèle ? Mais pourquoi me suis-je marié avec elle ? Elle est jolie c’est vrai. Elle me plaisait. Mais aujourd’hui, je ne la supporte plus ! Elle a un caractère de cochon. Elle n’est jamais contente. Puis, on n’a rien à partager tous les deux ! On s’éloigne de plus en plus »
Un an,
Le temps passe si vite
Pourtant, j’ai l’impression d’avoir vécu une éternité sans toi,
Ta voix, tes mots, ton souffle, tout me manque.
Tu me manques cruellement
Chaque jour passé sans toi est mon chemin de croix.
Un an déjà,
Que je ne t’ai pas vue ni entendue
Mes derniers espoirs de joie s’envolent avec toi
Ma Granny, si tu savais
Comme j’ai mal
Ton absence est un mal qui me ronge tout entière
J’ai mal à en crever
J’ai mal à hurler de douleur
J’ai mal à frôler la folie
Ma Granny ,
Ce n’est pas humain des souffrances comme celle-ci
Si tu savais le chagrin que j’endure
Si tu voyais mes yeux remplis de larmes
Si tu sentais mon cœur tressaillir de douleur
Ma Granny,
J’ai tellement envie de composer ton numéro pour entendre ta voix à l’autre bout du fil.
J’ai tellement envie de te revoir
J’ai tellement envie de me jeter dans tes bras
Ma Granny..
J’ai juste envie de crier à la terre entière,
De hurler, de m’égosiller, de pleurer ton absence
Ma Granny
Demain, j’écrirais deux ans déjà..
Demain, sans toi
Après demain sans toi
Le reste de ma vie sans toi..
Axel hâte le pas. Il sait qu’Angèle l’attend.
Son téléphone portable sonne. Il se dit :
« C’est Angèle. Elle se demande ce que je trafique ! «
Axel attrape son portable au fond de sa poche : « Oui ? » répond Axel.
« Axel ? C’est Jack ! «
Jack est le père d’Axel. Ses enfants ne l’ont jamais appelé papa. Il ne sait pas pourquoi. C’est comme ça. Ils ont pris le mauvais pli dès leur plus jeune age. Leur mère ne les reprenait pas. Elle disait qu’il ne fallait pas obliger les enfants à dire papa et maman !
« Jack ? T’es en France ? » entonne Axel, d’une voix inquiète.
« Oui. J’ai quelques soucis. J’aimerais bien t’en parler. On peut se voir ? »
« Ce soir pas vraiment. C’est un peu le bazar. Mais demain si tu veux, rejoins- moi au bureau. On ira déjeuner ensemble. Ok ? »
« Parfait Axel. Je passerai te prendre à ton bureau. C’est bien dans le 8ème arrondissement que tu es hein ? »
« Oui c’est ça ! »
« A demain alors. Bonne soirée ».
Axel raccroche. Il est étonné. Son père ne l’appelle pas souvent depuis qu’il a refait sa vie.
Les parents d’Axel sont divorcés depuis une dizaine d’années maintenant. Ses parents sont restés ensemble pour les enfants. Ils ont fait le sacrifice de leur bonheur personnel, pour élever ensemble leur deux garçons. Cela n’a pas été facile. C’est un choix douloureux que de faire taire ses désirs d’homme et de femme. Ils se sont supportés pendant de longues années. Leur vie de couple était difficile. La mère d’Axel n’était pas heureuse. Elle aurait aimé une vie amoureuse plus trépidante ! Les garçons n’étaient pas épanouis dans ce cocon familial sous tension. Personne ne parlait. Le silence meublait leur vie de famille. Le père, Jack se sentait incompris. Il rêvait d’une vie un peu bohème, un peu cyclique. Il voulait faire des expériences professionnelles. Il avait des rêves plein la tête ! Il faisait des projets plus fous les uns que les autres ! Il refusait de s’enterrer dans un boulot juste pour la sécurité.
Seulement, sa
femme, Anne, ne l’entendait pas de cette oreille là ! Anne était une femme au foyer. Elle voulait une vie paisible et bien ordonnée. Elle a vissé Jack. Elle l’a mené à la baguette. Par
faiblesse, il n’a rien dit. Il a supporté en silence. Il a tout supporté, même le mépris, même le regard froid et glacial que lui jetait Anne ! Jack s’est crevé l’échine à bosser pour
entretenir sa petite famille. Il payait tout : femme de ménage, vacances à l’étranger, loisirs, week-ends à la campagne, pavillon en banlieue. Il menait une petite vie qu’il qualifiait de
minable, une vie sans âme, dans ce petit pavillon étriqué de la banlieue parisienne chic. Ses enfants l’ignoraient comme si Anne les avait montés contre leur père. Il ne parvenait pas à nouer le
dialogue avec eux. Il souffrait de l’indifférence avec laquelle il était traité. Il avait besoin de reconnaissance. Il se heurtait à l’ingratitude des deux
garçons.
Sa femme se braquait souvent contre lui. Elle ne l’écoutait plus. Elle était meurtrie. Les silences de son mari l’agressaient. Elle aurait préféré tout vivre, sauf ce silence, trop lourd, comme à
la veillée des morts. Elle rêvait d’amour, de tendresse, de rire et de complicité. Et son mari ne disait rien. Elle avait en face d’elle un bloc de béton. Parfois, Anne craquait et laissait
exploser sa colère. Les cris fusaient dans toute la maison. Anne insultait son mari. Elle le bousculait. Elle le provoquait. Elle le poussait dans ses retranchements, dans le simple but d’obtenir
quelque chose de lui. Mais rien n’y faisait. Jack ne répondait rien. Il ressemblait de plus en plus à un ours.
Jack était devenu l’ombre de lui-même. Il ne trouvait plus l’espace suffisant pour s’exprimer. Il taisait ses doutes, ses craintes. Il savait qu’il irait dans le mur à ce rythme là. On ne peut pas vivre comme ça. Sa vie professionnelle le bouffait. Il n’avait plus rien. Il avait raté sa vie amoureuse et familiale. Il le savait. Mais, on ne rattrape jamais le temps perdu. Tout ce que l’on n’a pas su donner et dire au bon moment est à jamais perdu. Il comprenait ses erreurs. Il s’en voulait. Il n’avait pas été à la hauteur avec ses mômes. Il n’avait pas su s’imposer devant sa femme. Sa faiblesse et sa lâcheté l’avaient amené dans des sentiers bien douloureux.
Et, un jour, Jack en a eu marre. Il a senti qu’il ne pourrait plus continuer à vivre ainsi. Il a pris ses cliques et ses claques, et il est parti sans dire un mot ! Il a disparu de la circulation. Et, il a laissé derrière lui sa petite famille. Il les a laissé, seuls, livrés à eux même !
Axel est la dernière personne avec qui il a parlé. Il se souvient bien de ce jour là. Axel lui avait demandé une fois de plus de l’argent. Il avait explosé : « Je ne suis pas une vache à lait. Débrouilles- toi ! C’est terminé tout cela ! «
Depuis, ce jour, il n’avait pas donné de nouvelles. Rien. Le silence. Toujours le silence.
Pendant ce temps, Jack avait mené sa vie comme bon lui semblait. Il était en quête de spiritualité. Il voulait donner un sens à sa vie. Si l’on est sur Terre c’est sûrement pour accomplir une mission. Et il voulait deviner quelle était la sienne. Ce cheminement personnel l’amena sur des routes peuplées de vies extraordinaires. Il était enfin sorti de sa petite vie bien rodée pour vivre sa vie à lui ! Il voyait enfin le monde comme il était réellement. Il ouvrait les yeux et assimilait ses erreurs avec une facilité déconcertante ! Il vivait ses émotions et ses sentiments. Il n’était plus un » cadre » frustré dans son costume cravate ! La vie prenait de l’épaisseur. Selon Jack, une force mystérieuse au dessus de nous, nous guide et nous montre le bon chemin.
Il s’était laissé guider par sa foi. Il avait fait confiance à la vie ! Il avait atterri dans la région du Ladakh, appelé plus communément le petit Tibet. Il était parti avec une association humanitaire pour réaliser un projet de coopération. Là bas, il a construit des écoles pour les enfants.
Au moins son pognon, servait à quelque chose ! Tous ces enfants de la rue étaient heureux de le voir. ! Il voyait dans leurs pépites noires de la joie, de la vie, de l’espoir. Il n’avait jamais vu ceci dans le regard de ses propres mômes..
Ici, il comptait pour quelqu’un ! Dans la vie, il faut être important aux yeux de quelqu’un sinon on est malheureux.. Jack trouvait enfin la reconnaissance qu’il avait tant attendue !
Puis, lors d’un trekking dans la montagne, il avait rencontré Maddy, une jolie femme du même age que lui. Elle est interprète au parlement européen.
Maddy est une femme brillante, intelligente. Elle a une allure de jeune garçonnet. Son sourire espiègle lui confère beaucoup de douceur. Jack avait craqué pour son sourire. Maddy avait su dès le premier regard, qu’il était l’homme de sa vie !
Jack était le seul français du coin. Maddy était la seule française du coin. Elle était venue se perdre toute seule dans la montagne. Leur rencontre insolite rendait leur amour encore plus fort et singulier. Parfois, il faut attendre une cinquantaine d’années bien trempées, pour rencontrer sa moitié ! Parfois, il faut aller au bout du monde pour trouver son « Autre ».
Jack et Maddy avaient eu cette chance : Se rencontrer au sommet de la montagne, la tête dans les étoiles, seuls au monde !
Axel pousse la porte du commissariat. Il entre et se dirige vers le policier assis derrière la banque accueil.
« Bonjour, j’aimerais déposer une plainte »
Le jeune policier lève à peine le nez et lui répond machinalement :
« Asseyez-vous ! On vous appellera. «
Axel se dirige vers les quelques chaises en métal qui trônent dans l’unique pièce.
Il se dit en lui-même « Oh ! Une salle d’attente de fortune !Ils ne se sont pas foulés pour le mobilier ! Toujours aussi accueillants les flics ! «
L’ambiance est tendue. La lumière est blafarde. Une ampoule, pendue à une douille trop longue, se balance de droite à gauche. Les quelques personnes assises se jettent des regards en coin. Un homme avec une apparence étrange est installé à coté d’Axel. Son visage crispé renferme des sentiments de colère. Il tient dans ses mains sa pièce d’identité et il marmonne dans sa barbe des vengeances corses. Axel fait mine de détourner la tête. Le type a bien envie de lui tailler la bavette.
De l’autre coté des deux sièges vides, il y a deux jeunes
femmes. Elles parlent forts. Elles ont été agressées dans la rue. Elles sont énervées.
« Le vol de sac à main c’est qui ? » lance un flic depuis son bureau.
La jeune femme lève la main et se dirige vers le policier.
« Ne bougez pas Madame. Je vous ai pas appelée ! »
Elle se rassoit et soupire. Elle regarde Axel avec un sourire en coin.
« Dis Christophe, tu prendras « la Dame » toute à l’heure ? Moi j’ai pas le temps. Je vais m’occuper du « Monsieur » à droite » lança sans ambages le
jeune homme de l’accueil.
« Hein ? Tu vas t’occuper de qui ? » lui répondit son collègue.
« Bah là ! Le type qui a la plainte contre lui ! Tu sais celui qui est convoqué ! «
A ce moment là, le jeune flic lève enfin les yeux et regardent les visiteurs.
« Vous là ! Vous venez avec moi ! « Dit-il en s’adressant au type énervé.
Ici pas de nom, ni de prénom. Pas de numéro non plus. Juste des histoires. Les personnes ne sont que des cas. Pas d’émotions. Le vide. On s’occupe des gens en fonction de leurs demandes, et non de leur arrivée. Ici, on ne bouge pas. On file droit !
Une porte de bureau s’ouvre sèchement. Un policier passe la tête dans l’entrebâillement de la porte.
« Vous venez avec moi Monsieur ? »
Axel se lève et part dans le petit bureau. Le policier l’invite à s’asseoir en face de lui. Il allume l’ordinateur et dit d’un ton imitant l’ennui :
« Alors ! Qu’est ce qui vous amène ici ? »
Axel est rassuré. Il va pouvoir parler. Il adore se raconter. Parfois, il se noie même dans les détails.
« Je voudrais déposer une plainte contre ma femme. Elle m’a frappé » murmura-t-il.
Il avait lâché les mots ! Il se sentait soulagé ! Il l’avait fait ! Il l’avait dit ! C’était juste un principe de précaution. Dans la vie il vaut mieux « tenir que courir ». Axel avait bien compris cela.
Le flic le regarda froidement. Il sembla intrigué. Puis, il se radoucit et avec un léger sourire il demanda :
« Vous avez une pièce d’identité Monsieur ? Je vais prendre votre plainte.
Racontez moi ça ! C’est arrivé combien de fois ? Comment ça s’est passé ? Vous êtes-vous défendu ? Qu’est ce qui a déclenché la dispute ? C’était quand ? Le jour et l’heure s’il vous plait ! Je vais vous demander d’être précis. Vous avez bien fait de venir. C’est courageux. «
Axel sentit une oreille attentive. Il se laissa aller à la confidence. Il se conta. Il prit un air timide et maladroit. Il joignit ses deux mains comme s’il voulait prier. Il parlait avec une petite voix fluette à peine audible. Il accompagnait chaque mot d’un petit mouvement de balancier de ses mains. Son
scénario était bien ficelé.
Camille entend le bruit de la clé dans la serrure de la porte.
« Mince ! Frédéric est déjà rentré de week-end. J’espère que je n’ai rien laissé traîner de compromettant ! «
Frédéric avance dans le vestibule. Il dépose sa parka bleu marine sur la patère. Il enlève ses chaussures et les glisse dans le meuble bas. Du regard, il cherche Camille.
« Camille ? Tu es là ? »
« Tu es rentré ? Je suis dans la chambre ! »
« Mais pourquoi fait-il noir ici ? Tu n’allumes plus les lumières ? Que se passe-t-il ? Ca va ? » Frédéric se dirige vers la chambre. Il n’aime pas laisser Camille seule pendant les week-ends. Il aimerait tant pouvoir faire autrement. Seulement, son ex- femme, Françoise a choisi d’aller vivre à 800 kilomètres de lui.
« Ca va Camille ? Je m’inquiète pour toi lorsque je te laisse ! »
« Ca va ! Si tu t’inquiètes, il ne faut pas partir ! Tous les quinze jours tu me laisses seule pour aller passer tes week-ends avec ta fille ! Comment veux-tu que je me sente bien ! «
« Je sais tout cela. Je suis coupée en deux. J’ai besoin de voir ma fille. Tu comprends cela ? »
« Ce que je comprends moi c’est que tu as choisi ta fille ! Moi je passe en dernier comme toujours ! «
« Oh ! Ne dis pas cela ! On va encore se fâcher ! Je n’ai pas à choisir entre toi et ma fille ! Je vous aime toutes les deux profondément. Ce sont deux amours différents. Tu ne dois pas comparer. Puis je te rappelle aussi, que lorsque tu m’as rencontré, j’étais déjà dans cette situation là. Je ne t’ai rien caché. Je ne t’ai pas menti. Tu savais à quoi t’attendre. Seulement, à l’époque, tu m’accompagnais. Et on passait les week-ends tous les trois avec la petite. Tu sais que tu lui manques à Chloé ? Elle me demande souvent de tes nouvelles ! Et comment va Camille ? Est-ce que Camille est toujours aussi belle ? Elle n’arrête pas ! Elle est très attachée à toi. Tu sais, j’ai beaucoup de peine que tu ne viennes plus avec moi ! «
« On ne va pas revenir la dessus ! Je suis fatiguée moi ! Puis, j’en ai marre de tes problèmes, de tes états d’âmes, de ta Françoise et de Chloé. Je dois toujours t’épauler. Mais, moi qui pense à moi ici ? Je suis quoi moi ? La cinquième roue du carrosse ? Qui se fait du souci pour moi ? J’ai l’impression de n’exister pour personne ! Je ne suis rien ! »
« Tu n’as pas le droit de dire cela Camille ! Je t’aime comme je n’ai jamais aimé ! Tu es la femme de ma vie. Avec toi, j’ai plein de projets ! Je sais, j’ai eu tort de freiner tes élans amoureux. Mais comprends moi aussi ! Je viens de vivre un divorce traumatisant ! Ma femme m’a quitté et m’a pris la chair de ma chair ! Elle m’a sali, torpillé, humilié, accusé injustement pour obtenir la garde de Chloé. J’étais si choqué, qu’il m’était impossible de faire de nouveaux projets de vie à deux. Et, plus le temps passe, plus je m’aperçois que je suis toujours vivant ! J’ai des envies et des rêves ! Dans la vie, on survit à tout, même au pire ! Et tout cela Camille, c’est grâce à toi ! Je te dois tout ! J’ai envie de passer ma vie avec toi ! Redonnons-nous une chance d’être heureux ! On a le droit au bonheur tous les deux ! On le mérite après les épreuves que nous avons traversées. «
« Je ne sais quoi te répondre Frédéric. A force de me repousser, je me suis blindée. Je ne suis plus certaine de t’aimer. Tu sais l’amour s’abîme si on n’en prend pas soin. Je suis jeune et j’ai l’avenir devant moi. Je ne veux plus vivre comme ça. J’aspire à construire ma vie et ma famille. Je n’ai pas d’enfant ! Tu comprends cela ? J’ai 35 ans et je n’ai encore rien fait de concret dans la vie ! Toi tu parles toujours de ton passé, comme si tu portais sur ton dos un énorme sac de pierres. Moi, excepté mon enfance douloureuse, je n’ai pas de passé sentimental. Je n’ai encore rien vécu ! Je suis perdue. Peut-être que nous devrions nous séparer ? »
Frédéric craque. Il pleure. Il ne s’attendait pas à cette réponse. Il sait qu’il n’a pas été à la hauteur des espérances de sa douce et tendre. Il a le sentiment de payer le prix fort. Il n’a pas su redonner l’élan nécessaire à leur amour.
Camille le regarde sans dire un mot. Elle est incapable de le consoler. Elle ressent un mélange de culpabilité et de rancœur. Elle en veut aux hommes de ne pas être là pour elle ! Elle aimerait tellement être aimée et choyée comme elle le mérite !
« Ne me dis pas cela Camille ! Tu me transperces le cœur ! J’ai mal, mal à en crever ! Je t’aime si fort ! Je sais que j’ai été égoïste ! Donne moi une chance, juste une chance ! Ma vie sans toi, ne vaut pas la peine d’être vécue ! Tu es mon souffle, tu es mon oxygène !« Frédéric s’allonge de tout son poids dans le canapé jaune. Il suffoque.
« Que veux- tu que je te dise d’autre ? Je suis désolée Frédéric ! Désolée d’en arriver là ! «
« Tu es désolée ? C’est tout ce que tu as à dire ? Tu as oublié ? Tu as tout oublié ? On s’est aimé tous les deux ! Et l’amour ça ne s’efface pas comme ça d’un coup de gomme blanche ! Tu te souviens de l’enterrement de ma Granny ? «
« Oui ! Je m’en souviens Frédéric ! Le jour de l’enterrement, tu as lu un magnifique texte d’amour. Tu as dit devant toute l’assemblée que j’étais la femme de ta vie ! Tu as posé ta main sur le cercueil de Granny et tu m’as déclamée ton amour ! J’étais bouleversée Frédéric ! » Camille laisse échapper de gros sanglots. Elle ne parvient pas à parler de cet évènement douloureux !
« J’ai voulu te témoigner mon Amour ! Ma Granny était ce que j’avais de plus précieux dans la vie ! Elle m’a toujours conseillé, aimé et réconforté. C’était un modèle de générosité et de sagesse. Et ce jour là, j’ai voulu lui dire à quel point j’étais heureux d’avoir rencontré la femme de ma vie. Granny t’appréciait beaucoup tu sais ! Elle serait triste de savoir que nous ne sommes plus heureux tous les deux ! Si tu accroches tous les souvenirs les uns aux autres, comme on accroche les wagons de trains les uns aux autres, alors tu verras une belle et grande histoire d’amour ! Pour cela il faut y croire Camille ! «
Un portable sonne. Camille se retourne. C’est son portable. Elle tourne le dos à Frédéric. Elle prend l’appareil. Elle lit :
« Mon Chaton, je suis bien rentré. Je te dis à demain. Un tendre bisou. Axel. »
Camille cache son sourire. Le message ensoleille son cœur. Elle se sent légère.
Axel a le pouvoir de modifier son humeur.
Frédéric file dans la salle de bain. Il réfléchit. Il a envie de se battre. Il veut prouver à quel point il aime Camille. Il se répète en boucle :
« Vouloir c’est pouvoir ! Je veux passer ma vie à ses côtés. Alors j’y arriverai ! Il faut que j’organise un somptueux week-end pour lui demander sa main ! Ca me remonte le moral de penser à tout cela. Je sais que c’est la femme de ma vie. C’est un beau cadeau ! Le plus dur dans la vie c’est d’errer seul à la recherche de sa moitié ! On doute et on s’essouffle. On souffre de ne pas trouver l’amour. On avance seul et on tâtonne. Puis lorsqu’on le rencontre, c’est une évidence. Je crois que tout le monde n’a pas cette chance. Certaines personnes ne rencontrent jamais leur moitié. La vie m’a fait une fleur ! J’ai rencontré ma douce Camille ! Je n’ai pas été à la hauteur de notre amour ! J’ai été faible et lâche ! Quel nul ! J’ai laissé passer tous ces moments de bonheur sous prétexte que mon cœur était emmuré dans le malheur ! C’est facile aussi de refuser d’être heureux et de se lamenter sur son sort ! Je devrais avoir honte ! Aujourd’hui, j’ai compris ! Je veux avancer ! Je veux vivre heureux avec Camille ! Ma Camille ! «
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J’aurais beau être prophète,
avoir toute la connaissance de Dieu,
et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes,
s’il me manque l’amour
je ne suis rien."