Camille referme la porte d’entrée derrière Axel. Elle court en direction de la fenêtre. Elle fixe tristement la silhouette d’Axel. Elle aime à ce point culminant où l’amour et la douleur ne font plus qu’un. Elle reste immobile, perdue dans ses pensées.
Les larmes roulent doucement le long de ses pommettes saillantes. Son maquillage coulent et colore l’eau lacrymale en noir.
« Pourquoi dois-je souffrir ? N’ai-je pas déjà payé mon tribut ? Je pensais avoir le droit à un peu de bonheur dans la vie ! J’ai l’impression que personne ne m’aime assez ! Je suis une oubliée de l’Amour. Partout, les gens s’aiment et se le disent. Et moi, je me sens si seule dans ce monde comme si j’étais à part ! «
Dans ces moments là, Camille pense à son père décédé. Ce décès a été si tragique qu’une partie d’elle-même vit au fin fond des abîmes.
Camille n’a presque pas connu ce père qu’elle aime imaginer. Elle s’est inventée un père sur mesure. Elle a construit son identité autour de la figure paternelle fissurée.
Les parents de Camille se sont séparés alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.
Un soir, elle a vu son père saisir la valise en carton gris. Il a jeté un bref regard à sa femme, comme s’il voulait la défier et lui dire :
« Bien voilà, Gillette c’est fini ! Cette fois-ci tu ne me retiendras pas ! »
La mère n’a rien dit. Elle a entendu les silences de son mari. Elle a compris qu’elle ne pouvait rien faire pour retenir celui qu’elle aimait. Il y a des histoires d’amour qui se terminent comme ça, sans un mot, sans un cri. L’amour s’est usé comme une vieille corde rêche et le lien s’est rompu sèchement.
Sans dire un mot, le père a quitté la maison. Il ne s’est même pas retourné pour regarder sa fille. Camille était assise sur une chaise en bois. Elle balançait ses pieds dans le vide. Elle attendait un geste, un signe de son père, mais il ne fit rien. Devant autant d’indifférence, l’enfant s’est brisée. Camille s’est mise à pleurer puis elle s’est levée pour courir après son père. Sa mère l’a rattrapée par le bras et lui a dit d’un ton qui se voulait rassurant : « Laisse le partir. C’est son choix. «
Depuis ce jour là, Camille s’est réfugiée dans un monde imaginaire pour adoucir son chagrin. Elle porte au fond de son cœur la blessure de cette rupture inexpliquée. Elle vit dans la peur de l’abandon comme si elle n’était pas digne d’être aimée. Son père n’a pas jugé nécessaire de l’embrasser ni de lui dire des mots réconfortants, des mots magiques. Il n’a pas eu envie de protéger sa petite fille. Camille se sent coupable de cette situation.
Puis, sa mère a fini par refaire sa vie comme on dit. Toute la petite famille a quitté l’île antillaise pour venir s’installer dans le froid cinglant de la métropole grise. Camille a eu un « beau-père ». Ce dernier était violent. Il battait l’enfant. Les ruptures et les cassures rythment la vie de Camille. Puis, à l’age adulte, la jolie jeune femme s’est mise en quête de retrouver son père. Elle a fait des longues recherches ponctuées d’incertitudes. Au bout de quelques années, elle a retrouvé la trace de celui qui lui manquait temps. Elle a repris contact avec l’Absent. Camille était enfin heureuse. Sa vie devenait belle et légère ! Les gros nuages gris avaient laissé place à un ciel bleu ensoleillé. Elle avait retrouvé son père ! Elle l’aimait !
Seulement, la vie a réservé une fin douloureuse à cette belle histoire naissante. L’Absent est décédé brutalement quelques jours avant la venue de sa fille. En apprenant le décès de son père, Camille a hurlé comme une bête sauvage enfermée dans une cage. Elle a pleuré toutes les larmes de son corps. Le coup du destin a fini d’entamer ses derniers espoirs. Elle s’est remplie de chagrin et de rancœur. Elle a cru perdre la raison tellement la douleur était aigue.
Depuis, ce jour là, Camille est meurtrie. Tout son corps est devenu douloureux sous le poids du chagrin.
Axel est dans le métro qui le ramène chez lui. Il regarde les autres voyageurs. Il s’est assis sur le strapontin près de la vitre. Il se cale contre la fenêtre. Il ouvre délicatement, l’enveloppe que Camille lui a donnée. Il lit la lettre. Il se sent mal. Il ne sait pas s’il mérite ces mots d’amour !
Il est nauséeux. Il a quitté les bras de Camille pour aller retrouver Angèle et ses yeux remplis de larmes. Il lui en veut ! Elle le culpabilise ! Si elle avait un amant, il ne passerait pas pour un salaud ! Si seulement, elle savait à quel point, elle lui gâche ses moments de bonheur. Il est bouffé par le remord !
Axel attrape son portable. Il rédige un « sms « pour Angèle :
« Bonjour Angèle. Je suis allé me promener cet après-midi. Je rentrerai en fin de soirée. Axel »
« Voilà, c’est fait ! J’ai envoyé un sms pour prévenir Angèle. Elle ne pourra rien me reprocher ! J’en ai marre de tout ! Camille me met la pression. Angèle me culpabilise. J’ai une vie de merde avec une relation de merde ! Je ne sais plus où j’en suis ! Je ne sais pas combien de temps je vais tenir ! «
Axel dévisage la fille assise en face de lui. Il est troublé par le bleu de son regard.
« Pas mal la blonde aux yeux bleus ! Elle a un très beau regard bleu. J’aime bien sa voix rauque.» Pensa-t-il.
La voyageuse est accompagnée d’un homme. Elle porte un pantalon beige en velours. Elle a posé son sac à main sur ses genoux. Elle affiche un grand sourire qui laisse apparaitre de jolies dents blanches. Elle parle haut et fort. Son ton est revendicatif. Des mots vulgaires s’échappent de sa jolie bouche charnue.
Axel l’écoute parler. Il est attiré par son côté sauvage ! Elle ne ressemble pas aux femmes qu’il a l’habitude de côtoyer !
« Punaise, elle est vulgaire en plus ! C’est excitant ! Cette fille est habituée à se faire draguer. Elle a du chien ! Elle doit être méfiante ! Ca ne doit pas être une « chaude « ! Pourtant, elle a l’air « bonne » ! Comme d’habitude, j’ai envie de sexe pour apaiser mes angoisses ! «
Axel joue avec son alliance. Il l’a fait rouler sur son doigt. Elle est en platine. Il voulait ce qui se fait de mieux ! Parfois, l’anneau le gène comme si le lien qui l’unissait à sa femme était trop lourd à supporter ! Il lui arrive d’avoir envie de l’enlever comme s’il voulait quitter Angèle. Un jour, Axel a ôté son alliance. Il l’a laissée chez lui, posée en évidence, sur la table de chevet. Puis, il l’a oubliée. Arrivé sur son lieu de travail, il réalisa qu’il ne portait pas son alliance. Il était incapable de se souvenir s’il l’avait ôtée ou s’il l’avait égarée ! Toute la journée, il eut peur que sa femme s’en aperçoive ! Il avait mal au ventre ! Il vivait ceci comme une catastrophe ! Qu’allait-il dire à Angèle ? Et, le soir, en se couchant, il retrouva l’anneau en platine ! Angèle n’avait rien remarqué ! Il souffla de soulagement !
Axel est plongé dans ses pensées. Il regarde défiler les stations de métro. Il est absent. Il entend le signal d’alarme retentir. Il sursaute. Il regarde par la fenêtre. C’est sa station ! Il prend sa sacoche et court jusqu’à la porte !
Axel avance comme une âme en peine ! Il ressasse les derniers évènements :
« Allez ! Du courage ! Je dois y aller ! Ma femme va me faire la gueule ! «
Angèle est au centre commercial. Elle n'a
aucune nouvelle d'Axel. Elle attend toujours son sms.
Elle a préféré sortir de chez elle, plutôt que de tourner comme un fauve en cage. Le chagrin l’emporte tout doucement. Elle a une grosse boule dans la gorge. Elle respire de plus en plus
difficilement. Elle pense à Axel.
« Mais où peut-il bien être depuis tout ce temps là ? Cela fait deux jours que je n’ai pas de nouvelles. Chez qui est-il allé ? Est-ce qu’il pense à moi ? Je ne sais plus si je l’aime encore. Mais son absence me pèse. J’aimerais lui parler. On ne peut pas se murer ainsi dans le silence indéfiniment. Son indifférence me tue à petit feu ! «
Angèle arpente les allées du magasin. Elle a le regard sombre et la mine triste. Elle se cache dans ses vêtements. Elle s’enroule dans sa grande écharpe multicolore, ne laissant apparaître que ses yeux rougis par les larmes. Elle a honte d’être devenue aussi insignifiante. Elle marche tête basse. Elle ne regarde même pas les boutiques. Elle marche pour oublier qu’elle vit mal. Elle s’engouffre à la hâte dans le magasin de livres. C’est le seul endroit où elle se sente à l’aise. Ici, elle a sa place entre les piles de bouquins ! Qu’irait-elle faire dans une boutique de prêt-à-porter avec ses formes disgracieuses ? Angèle s’efface petit à petit jusqu’à devenir invisible !
Elle feuillète les livres. Elle ne sait plus ce qu’elle aime lire. Elle est perdue. Doit-elle lire un livre sur le développement personnel ou un roman d’amour ? Elle ne sait que choisir. Elle regarde les bouquins sur les difficultés de vie de couple ! Elle n’en revient pas de voir autant de titres sur ce sujet là ! C’est un véritable fond de commerce ! Il y’a de tout et dans tous les genres. Angèle en prend un et le parcourt. Elle sait que ce n’est pas son style de lecture. C’est beaucoup trop théorique pour elle. Angèle est une rêveuse qui a besoin de s’échapper et de voyager !
Pendant qu’Angèle se pose mille et une questions, un homme la regarde. Il l’a fixe intensément. Il aimerait lui parler. Mais il n’ose pas l’aborder. Elle a l’air si absorbée le nez dans son livre ! Il passe près d’elle, et il la bouscule. Elle se déplace sans quitter des yeux son bouquin ! Il essaie d’attirer son attention en passant et repassant près d’elle. Mais, elle ne le voit pas ! Elle est comme ailleurs, dans un autre monde, dans un autre temps ! La situation l’amuse. L’imperturbable Angèle l’intrigue !
Il s’approche d’elle et d’un ton peu assuré lui
entonne :
« Bonjour ! Je vous observe depuis toute à l’heure et je dois dire que vous ne me laissez pas indifférent ! Je vous trouve ravissante ! «
Angèle lui lance un regard ahuri. Elle est étonnée. Elle écarquille des yeux ! Elle jette un œil derrière son épaule pour voir si cet inconnu ne s’adresse pas à une autre personne. Elle sourit et ne dit rien !
L’inconnu l’a regarde intensément avec un immense sourire laissant apparaître de belles dents blanches.
« Oh ! Je ne me suis pas présenté ! Je m’appelle Philippe ! Je n’ai pas l’habitude d’accoster les femmes de cette façon là ! J’ai été poussé par une irrépressible envie de vous parler ! Je me suis dit que si je ne vous parlais pas, je le regretterai longtemps ! Comment vous appelez-vous ? »
Angèle a un regard teinté de suspicion ! Elle ne comprend pas ce qui se passe ! Un inconnu est venu lui parler alors qu’elle est enlaidie par la tristesse ! Elle a l’impression que la situation est surréaliste !
« Je m’appelle Angèle ! « Elle a une petite voix gênée et un sourire en coin !
« Angèle ! Mais quel magnifique prénom ! Il vous va à ravir ! J’essayais d’imaginer le prénom que vous portiez ! Vous savez lorsque l’on rencontre une personne qui dégage quelque chose de fort, on cherche toujours à savoir quel est son prénom ! Et l’on extrapole ! Que lisez-vous là ? »
« Oh ! Rien d’intéressant à mon goût ! C’est un livre sur les relations de couple. Vous savez ces livres où l’on vous donne tout un tas de conseils ? Ces livres où l’on vous explique ce que vous devez faire et ne pas faire ? Bref, j’apprends à faire et à ne pas faire ! Je crois que j’ai toujours eu tout faux ! Je suis une passionnée moi alors la théorie me passe au dessus de la tête ! Mais, je crois qu’en ce moment, cela ne me ferait pas de mal ! «
Angèle s’aperçoit qu’elle est un moulin à paroles ! Elle se fait peur ! Elle ne connaît pas cet homme et elle parle avec beaucoup d’entrain. Elle se
sent ridicule. Gênée, elle s’interrompt.
Philippe l’écoute avec beaucoup d’attention. Il a un sourire magnifique !
« Mais pourquoi vous arrêtez vous ? C’est très intéressant ce que vous dîtes ! Si je comprends bien vous vivez les choses avec beaucoup de spontanéité ! Et vous avez bien raison ! J’imagine que l’on vous dit tout le temps que vous êtes très jolie ! «
Angèle est surprise. Elle a les larmes aux yeux. Elle répond avec une voix à peine audible :
« Parce que les gens s’imaginent que l’on me dit souvent que je suis jolie, alors personne ne me fait de compliments ! Merci alors pour le compliment ! «
Angèle se fend d’un sourire !
« Votre sourire est sublime ! J’ai bien fait de vous accoster ! J’aimerais beaucoup vous connaître ! Est-ce que vous accepteriez que je vous offre un verre ! «
Angèle recule. Elle fait un pas d’hésitation. Elle se mordille les lèvres. Cette invitation l’étonne. Philippe est un homme très agréable ! Il est charmeur et drôle ! Angèle a envie de se laisser tenter mais elle ne peut pas !
« Oh ! Je ne peux pas. Je ne suis pas libre ! Je suis désolée. Je suis sincèrement désolée si j’ai pu laisser entrevoir quoique ce soit ! «
« Ne vous excusez pas Angèle ! Vous n’y êtes pour rien ! Vous êtes si jolie et si douce, que j’ai envie de partager du temps avec vous ! Nous pourrions aller prendre un verre amical non ? »
Angèle se sent fragile. Elle sait qu’elle pourrait se laisser séduire. Elle glisserait facilement dans les bras d’un homme, juste pour être réconfortée ! Cette idée la culpabilise. Elle réalise qu’elle pourrait être infidèle à Axel. Même si son amour est enraciné dans le cœur d’Axel, elle est capable de voler de la tendresse à un autre homme. Elle s’en veut d’avoir des pensées aussi volages ! Elle a honte de son comportement. Il suffit d’une faille dans son couple, pour qu’elle regarde ailleurs ! Elle ne pensait pas être aussi légère et inconstante !
Sa voix est hésitante :
« Non je ne peux pas accepter un verre amical. Ce ne serait pas bien ! Je suis mariée. Et je vais devoir rentrer ! «
« Et bien ! Vous êtes surement mal mariée ! «
« Pardon ? »
« Je voulais dire que votre mari a beaucoup de chances ! Et à sa place, je ne vous aurai pas laissée seule aujourd’hui ! «
« Evidemment ! Mais vous n’êtes pas à sa place alors ! Puis, je ne suis pas disponible. «
« J’imagine bien ! Mais moi je reste persuadée que nous pourrions partager quelques moments ensemble ! J’ai un bon feeling avec vous ! Vous me plaisez tellement ! Tout chez vous m’attire ! «
« Merci ! Vous me flattez là ! Mais je n’ai pas envie d’être infidèle ! «
« Et au-delà de l’infidélité, vous en penseriez quoi de partager des moments de rires et de complicités ? «
« J’adorerai. Mais je ne peux pas. C’est ainsi ! «
« C’est drôlement triste ce que vous dîtes ! Vous me faîtes beaucoup de peine ! Vous avez la liberté de choisir vous savez ! Je vais vous dire quelque chose de dure mais de si vrai : Ma chère Angèle on a la vie que l’on veut bien se donner ! Alors si vous avez envie de rire, appelez moi sur mon numéro de portable ! « Philippe donna sa carte de visite.
« Merci, je vous appellerai peut-être ! «
« J’espère vous revoir Angèle ! Prenez soin de vous ! «
Philippe tourna le dos à Angèle. Il avança d’un pas rapide vers la sortie du magasin. Il était déçu par la réponse d’Angèle. Il avait cru ressentir une sorte de réciprocité dans leur discussion. Il avait vu le visage d’Angèle s’illuminer. Elle lui avait menti. Il savait au fond de lui-même qu’il lui plaisait. Il ne comprenait pas son refus catégorique.
Philippe pensait en lui-même :
« Elle n’est pas libre, elle n’est pas libre, la belle affaire ! Si son cœur était ailleurs, pourquoi m’aurait-elle parlé avec autant de plaisir ? Je ne peux pas douter ! Ses yeux brillaient et son sourire était si franc ! Elle a même fait un effort pour refuser mon invitation ! Elle a résisté à la tentation ! Je crois que c’est ça ! Je devais trop lui plaire ! Elle a pris peur ! Elle ne s’attendait pas à cela ! Elle était tranquillement en train de parcourir des bouquins et je déboule comme ça ! Elle me rappellera peut-être ! Mais pourquoi, je ne tombe que sur des femmes mariées ! Elle me plaisait avant même que je sache qu’elle était mariée ! On ne peut pas dire que je le fais sciemment ! Elle est si jolie et si naturelle ! Je suis tombée sous le charme ! Ah ! Si elle me rappelle, je lui dirai tout ce que j’ai sur le cœur ! Je dois lui dire ! «
Angèle est restée immobile. Elle ne bouge plus. Elle s’est enfermée dans le plaisir de cet échange. Les paroles de Philippe sont du miel qui coule dans ses veines. Elle se gargarise de toute la douceur que lui a offerte cet inconnu ! Philippe a déposé sur ses plaies un pansement. Angèle se sent apaisée. Elle peut encore plaire !
« J’ignorais qu’un homme pouvait me regarder avec envie ! Je ne pensais pas susciter l’intérêt de qui que ce soit ! Tout cela appartenait au passé ! J’ai cru mourir au même rythme que mon histoire d’amour ! Pourtant, je suis bien vivante ! Mais, je ne peux accepter d’être faible ! S’il suffit qu’un homme soit beau et gentil pour que je tombe dans ses bras, je me demande avec quelle ferveur j’aime mon mari ? Mes sentiments sont troubles. Je culpabilise. Je viens de me disputer avec Axel et je prends du plaisir à être séduite par un autre homme ! C’est immoral. Il ne faudra jamais que je raconte cette histoire ! Je l’emporterai dans ma tombe ! Je pense avoir mal agi. Je n’ai pas lutté contre mes désirs ! Je dois absolument me ressaisir ! Ma vie est avec Axel et avec personne d’autre ! «
Ce matin, Camille s’est levée la première. Elle veut faire une surprise à Axel ! Elle est allée à la boulangerie pour acheter des croissants !
Tranquillement, dans la tiédeur du matin, elle prépare un petit déjeuner. Elle pose sur le plateau une tasse de thé vert, un croissant et une rose rouge ! Elle est heureuse comme elle ne l’a pas été depuis longtemps !
Ses émotions sont si fortes qu’elles en deviennent indicibles ! L’amour s’ancre petit à petit dans son cœur.
Elle porte le plateau jusqu’à la chambre où dort profondément Axel. Il est étendu sur lit king size. La couette est en bouchon au bout du lit. Un rayon de lumière dessine ses courbes masculines.
Elle s’approche tout doucement de lui. Il sursaute et la regarde avec un air étonné :
« Camille ? Que fais-tu ? »
« Je t’apporte le petit déjeuner au lit mon cœur ! »
« Oh ! Comme c’est gentil ! C’est la première fois qu’une femme m’offre un petit déjeuner comme ça ! Approche que je t’embrasse ! «
Il attrape le bras de Camille et l’attire doucement vers lui. Elle pousse un petit cri d’étonnement ! Elle lui sourit amoureusement :
« Axel ! Tu vas faire tomber le plateau ! Attends je le pose par terre ! «
Camille pose le plateau et embrasse fougueusement Axel. Elle serre fermement son corps contre le sien. Elle aimerait arrêter le temps pour graver cet instant à jamais dans son cœur. Elle couvre de baisers le corps de son amant. Elle veut le rendre esclave de ses caresses ! Axel semble ronronner. Il ne bouge plus. Il étire son corps comme s’il souhaitait sentir la bouche de Camille sur toutes les parcelles de sa peau ! Camille laisse l’empreinte de sa bouche sur la peau de son amant ! Elle se colle tendrement sur son dos. Il sent sa poitrine se mouvoir au rythme de sa respiration. Elle excite ses sens et lui susurre à l’oreille : « Je veux que tu sois rassasié ! «
Axel s’abandonne au plaisir de la chair ! Camille lui fait perdre la tête avec son chant des sirènes ! Axel la dévore sauvagement ! Il ne se contrôle plus ! La jouissance est symbiotique !
Camille ose à peine bouger de peur que tout ne soit qu’un rêve !
Son corps git sur le lit ! Elle est bercée par le plaisir ! Axel la prend dans ses bras. Il l’embrasse sur le front. Il lui serre la main, et il s’endort sereinement !
Une larme roule sur la joue de Camille. Elle se sent vulnérable ! Elle aimerait que le temps reste suspendu à ce moment. Elle a peur de perdre son amant. Elle songe à Angèle ! C’est terrible ! Elle se compare toujours à son amie ! Elle se met en concurrence avec elle ! Les plus merveilleux moments d’amour en compagnie de son amant, la renvoient systématiquement à son amie ! Elle ne peut lutter contre sa jalousie ! Sa relation amoureuse avec Axel n’existe pas en dehors d’Angèle !
Son corps renferme l’étreinte passionnée qu’elle vient de partager avec son amant. C’était si bon et si fort que les questions envahissent son esprit ! A-t-il déjà eu ces étreintes sauvages avec Angèle ? Elle l’ignore ! Elle aimerait tant être l’Unique ! Elle voudrait être l’initiatrice des plaisirs de la chair ! Elle aimerait être aussi singulière qu’Axel l’est pour elle !
Elle regarde Axel. Elle a besoin d’être rassurée. Elle lui dit dans un souffle : « Je n’ai pas envie que tu partes ! «
Axel émet un léger soupire. Il sent que le piège de l’amour se referme sur lui. Il se veut rassurant :
« Il faut me laisser partir si tu veux que je revienne ! Regarde Camille ! Si je serre très très fort ton bras, que me dis-tu ? »
« Tu me fais mal Axel ! «
Camille gigote et essaie de se libérer. Elle repousse son amant !
« Exactement ! Si je serre ton bras, tu me repousseras. Tu ressentiras une gêne qui t’incitera à t’éloigner ! C’est la même chose dans les relations amoureuses ! Il faut de l’espace pour que celui que tu aimes vienne à toi ! Ne sois pas trop pressée ! Tu verras tout ira bien ! «
Les paroles d’Axel agissent sur Camille comme un anxiolytique !
Elle sait qu’il a raison ! Elle l’aime.
Axel se lève. D’un pas décidé, il se dirige vers la salle de bain. Camille entend l’eau de la douche couler.
Elle sait qu’il ne va pas tarder à partir ! Il va la quitter ! Son cœur se
serre ! Soudainement, elle manque d’air ! Elle ouvre la fenêtre !
Elle prend son attaché case. Elle veut écrire quelques mots à Axel en souvenir de leur premier week-end en « amoureux libres » !
Elle réfléchit quelques secondes. Puis, elle se laisse guider par ses sentiments :
« J’ai passé un moment fort, avec beaucoup de tendresse. Je suis toujours aussi agréablement surprise ! Tu m’as offert une belle nuit. Quelle bonheur de se réveiller à tes côtés ce matin ! Je revis. Je respire ! Axel, j’ai envie d’avancer à tes côtés, d’être présente dans les bons et les moins bons moments. J’ai envie de découvrir avec toi les richesses de ce monde. Les verbes « avancer, construire, transmettre, partager » ont un réel sens quand je pense à toi ! Je me sens en vie !
J’avais envie de te faire partager les pensées qui vivent dans mon cœur ! Je t’aime…. Merci pour tout… «
Camille pleure. Elle plie la lettre et la glisse dans une belle enveloppe de couleur rouge.
Axel sort de la salle de bain. Ses cheveux sont encore mouillés. Camille lui vole un baiser. Elle lui donne l’enveloppe :
« Tu liras cette lettre dans le métro ! Comme cela nous voyagerons ensemble par la pensée ! «
« Alors ! Il faut que je parte vite pour pouvoir te lire ! «
Angèle est restée figée derrière la porte d’entrée ! Elle tremble de tout son corps ! Elle vient de laisser partir son mari sans dire un seul mot ! Elle aurait pu tenter de le retenir à coups de mots d’amour ! Mais, elle en a été incapable ! Elle n’a rien dit ! Toutes les émotions sont restées coincées dans le fond de sa gorge ! Elle s’en veut cruellement d’être devenue une chiche molle ! Elle n’a plus d’allant, plus de peps, plus de tonus ! Elle est triste comme la pluie !
Ca fait combien de temps qu’elle n’a pas prononcé de mots doux ? Ca fait combien de mois qu’elle n’a pas séduit son mari ? Elle ne sait plus vraiment ! Elle a oublié. Elle s’est perdue dans cette histoire ! Elle se sent noyée par les paroles d’Axel. Il l’a attaquée à maintes reprises dans ses émotions. Elle s’est blindée pour se protéger ! Elle s’est sentie en danger !
Il y a bien longtemps qu’ils ne se comprennent plus, qu’ils ne parlent plus le même langage ! Axel est un bloc de béton ! Angèle est une tombe ! Ils sont murés dans un silence qu’aucun des deux ne veut rompre ! Axel n’aime plus les goûts de sa femme ! Angèle aimerait un mari plus présent. Ils ont essayé de relancer la machine de l’amour. Mais, la sauce n’a pas pris ! Ils sont en train de se perdre.
Angèle est seule à l’appartement. Elle ne sait plus quoi faire. Elle considère sa vie comme un désastre. Sa relation amoureuse est en passe de devenir un échec ! Elle téléphone à son meilleur ami, Charles.
Charles est un peu plus âgé qu’Angèle. Ils se sont rencontrés lorsqu’ils étaient étudiant. Charles est brillant. Il a fait de longues études d’économie. Aujourd’hui, il occupe un poste important dans le milieu de la finance. Charles aime beaucoup Axel. Ils leur arrivent parfois de travailler ensemble. Axel a souvent besoin des lumières de Charles !
C’est le meilleur ami du couple !
Angèle aime Charles comme un grand frère ! Elle l’admire beaucoup ! Elle lui demande son avis pour un tas de choses ! Elle le regarde avec des yeux émerveillés ! Au-delà de ces facultés intellectuelles, Charles a bien réussi sa vie amoureuse ! Il vit avec sa moitié depuis bientôt dix belles années ! Angèle est très fière de son ami ! Elle ne tarit pas d’éloges sur lui !
Angèle a besoin de se confier. Elle appelle son meilleur ami Charles.
Il décroche. Emue, elle fond en larmes !
« Charles c’est moi ! »
« Que se passe-t-il « mon Angèle » ? »
« Je ne vais pas bien ! Je me suis disputée avec Axel ! C’est grave ! Il est parti ! «
« Attends ! Je ne comprends rien de ce que tu dis là ! «
« Axel est parti ! « Angèle hurle dans le combiné. Elle a de gros sanglots dans la voix. Elle ne parvient pas à articuler !
« Tu veux pas que je passe te voir « mon Angèle » ? »
« Si j’ai besoin de toi ! «
« Ne bouge pas ! J’arrive tout de suite ! Tu ne t’inquiètes pas si je mets du temps ! Il y a surement des embouteillages d’accord ? »
« Oui « mon Charles » ! «
Angèle raccroche le téléphone. Elle s’assoit dans le canapé. Elle se relève. Elle s’assoit de nouveau. Elle ne sait pas quoi faire. Elle téléphone à son amie Lisa :
« Lisa c’est moi Angèle ! «
« Bah oui ! Je t’ai reconnue ! Tu ne sais pas où je suis là ?! A une manif avec la PETA ! Y en a marre de tous ces abrutis qui tuent les animaux ! « Lisa hurle dans le téléphone. Le bruit des manifestants couvre sa voix.
« Lisa je ne vais pas bien ! «
« Qu’est ce qui se passe ? »
« On s’est engueulé avec Axel ! Il est parti ! «
« Oh ! Tu es encore en train de dramatiser ! Il va revenir ! C’est pareil moi avec mon mec, on se dispute et ça s’arrange ! Ne te fais pas de soucis ! Vous allez venir la semaine prochaine au salon Marjolaine ? »
« Je ne sais pas si on va venir ! Je te dis que rien ne va plus ! «
« Pfff.. Tu exagères toujours ! Axel est merveilleux ! Je ne comprends pas pourquoi tu es aussi exigeante ! Tu as toujours eu tout ce que tu voulais dans la vie ! Tu as beaucoup de chance tu sais ! «
« Je te laisse Lisa. J’ai des choses à faire ! «
« Ah bon ! Je te dis à la semaine prochaine alors ! N’oublie pas d’aller voir le site Bio dont je t’ai parlé «
« Tu me fais suer avec tes trucs Bio ! J’en ai une indigestion ! Tu me gaves là ! «
« Et bien ! Tu es toujours aussi agréable ! Salut ! «
Charles arrive. Angèle pleure dans ses bras. Il fait une drôle de tête. Il semble assez inquiet. Angèle lui raconte tous les détails de ces derniers jours. Il ne semble pas très rassuré. Il tente de faire rire son amie ! Tous deux parlent de Lisa !
«Tu sais Charles ! Je viens d’appeler Lisa ! Elle était à une manif de la PETA ! «
« A une manif de la PETA ? «
« Oui ! Une manif ! «
« Elle ne défilait pas à poil quand même ? «
« Mais non ! T’es bête ! C’est l’été dernier qu’elle a manifesté à poils dans le sud de la France ! J’en peux plus de sa nouvelle lubie du Bio ! Je sature ! «
« Oh je sais ! L’autre jour, elle m’a dit qu’elle ne mangeait plus d’œufs. Elle a aussi ajouté que je devais arrêter de manger de la viande car ça rend violent ! Enfin, elle me rend dingue à vouloir m’imposer son mode de vie ! «
« Bah moi aussi ! »
« Et Axel tu sais où il est ? «
« Non, il ne m’a rien dit. Je ne sais pas. Je n’ose pas l’appeler ! «
« La semaine prochaine, j’ai un peu de temps. Je vais l’inviter à déjeuner un midi. Comme ça je discuterai avec lui l’air de rien. Tu veux ? »
« Tu crois ? »
« Bien sur ! Je ne vais pas lui dire que nous nous sommes vus ! Je verrai bien ce qu’il me dira ! «
« C’est gentil « mon Charles », je ne sais plus quoi faire. Je suis perdue ! «
« Je m’en doute ! Ca doit être difficile de vivre des moments comme ça ! »
« Dis ? Tu me trouves jolie ? «
« Evidemment que tu es jolie ! «
« Tu me vois avec des yeux d’ami aussi ! T’as vu comment j’ai grossi ? Axel ne me supporte plus ! «
« Mais non ! C’est dans ta tête tout cela ! Tu as juste pris quelques kilos ! Ca ne se voit pas beaucoup tu sais ! Pour moi, tu es toujours aussi jolie ! «
« Je crois que je ne plais à personne ! Je me sens laide comme un pou ! « Angèle éclate de rire !
« Un pou ? Tu plaisantes ! Tu as vu comme tu es grosse pour un pou ! Tu dervais aller en Inde ! Là bas tu serais vénérée !
«
Angèle explose de rire ! Elle est habituée aux blagues de deuxième degré de son ami ! Elle lance avec un grand sourire :
« Moi une vache ! Il ne manquait plus que cela ! Ca me rappelle le soir où Lisa était d’une humeur de chien, et elle t’a comparé à un veau !
«
Charles rit aux éclats et il enchaine :
« Tu peux rire ! Toi aussi tu avais été habillée pour l’hiver ! Lisa n’a pas la langue dans sa poche ! Elle nous a dit beaucoup de choses blessantes ! Nous avons tout accepté par amitié et compassion ! Mais elle pousse le bouchon ! «
« Que veux-tu ! Elle est
malheureuse alors on prend sur nous ! On lui passe tout ! Et elle, elle ne nous loupe pas ! «
Charles pince le bras d’Angèle ! Il lui fait un clin d’œil en guise de leur amitié indéfectible !
« Angèle ! Tu sais ce que j’ai apporté dans mon sac à dos ? »
« Euh.. Non ! Des photos de tes dernières vacances ! Oh non ! Ne me dis pas que je vais me cogner deux heures de photos ! «
Charles attrape Angèle par la taille et il la chatouille !
« Petite Peste ! Et bien non ! Il ne s’agit pas de mes soporifiques photos de vacances ! Mais de mon Yi Jing ! «
« Oh ! « mon Charles « Tu as pensé à prendre ton Yi Jing ! Alors là ! Je suis super contente ! Tu veux qu’on se prenne un petit thé « mariage frère » avec des petits gâteaux ! «
« Je te reconnais bien là Angèle ! Tu ne perds pas le nord ! Allons-y pour un thé ! Mais je le choisis hein ! «
« Ok ! »
Ils partent bras dessus bras dessous dans la cuisine. Angèle a retrouvé le sourire ! Elle rigole avec son ami !
Charles d’assoit sur le tabouret du bar. Angèle prépare le thé.
« Charles ! Je ne sais plus où j’en suis avec Axel. Tu crois que ça me ferait du bien de prendre un amant ? »
Charles regarde Angèle avec des yeux ronds comme des billes ! Il n’en revient pas !
« Mais tu es mariée ! Tu as fait une promesse de fidélité à Axel ! Comment peux-tu parler d’amant ? «
« Je ne sais pas moi ! Et si un amant relançait notre couple ? Toi tu n’as pas été toujours fidèle pendant ces dix années ! Alors ! «
« Effectivement, j’ai mis quelques coups de canif dans le contrat. Mais tu sais très bien les raisons. Toi c’est différent ! Un amant pourquoi ? Tu n’es pas satisfaite sexuellement ? »
« Bah si ! C’est la seule chose que nous fassions encore ensemble ! Comme quoi ! Ca ne tient à pas grand-chose une histoire ! «
« Ah bon ! Même en pleine crise vous vous retrouvez sexuellement ?! «
« Bah oui ! C’est étonnant je le sais ! C’est la seule chose qui a l’air de fonctionner chez nous ! « Angèle éclate de rire nerveusement !
« Tu vois, tu n’as pas besoin d’un amant alors ! Tu as déjà trompé Axel ? »
« Non jamais ! J’ai déjà eu l’occasion tu sais ! Une fois ! Mais je ne l’ai pas fait ! «
« Mais tu ne m’en as jamais parlé ? Comment ça se fait ? »
« Bah disons que j’étais assez séduite par le mec en question ! Un certain Amaury ! J’ai bien failli déraper tu sais ! Il me plaisait beaucoup physiquement. J’étais attirée par lui ! En, plus il me disait tout ce que j’avais envie d’entendre ! Alors j’ai tout raconté à Axel ! Et il a été si compréhensif que j’ai compris qu’il était l’unique homme de ma vie ! «
« Et bien dis donc ! Il a su te convaincre ! Et aujourd’hui, l’idée d’avoir un amant te traverse l’esprit ? »
" Bah oui ! J’ai seulement envie
d’être aimée ! C’est tout ! «
Angèle s’effondre en larmes. Charles la prend dans ses bras. Il console son amie. Il essaie de trouver les mots justes pour la réconforter.
" Mon Angèle, ne t'inquiète pas ! Tout va rentrer dans l'ordre ! Promis tu seras heureuse ! Fais moi confiance !
"
Camille est chez elle. Elle se maquille
tranquillement dans la salle de bain. Axel vient de l’appeler pour lui annoncer qu’il passait le week-end tous les deux en amoureux ! Camille est folle de joie. Elle rayonne de
bonheur ! Ils vont passer un week-end ensemble comme n’importe quel couple amoureux !
Camille a l’impression d’avoir gagné une bataille !
Elle a volé Axel à sa femme ! Elle a réussi à l’attirer dans ses filets ! L’Amour finit toujours par triompher ! Elle le sait ! Elle savoure sa victoire !
Elle ouvre sa penderie. Elle ne sait pas quoi se mettre sur le dos ! Elle hésite entre sa petite robe rose foncé et son jean « slim « ! Elle a tellement envie de séduire Axel ! Elle ne sait que choisir ! Elle prend son portable et appelle son amie Jude à la rescousse !
« Allo Jude c’est moi Camille ! Ca
va ? »
« Oui ! Je vais bien ma Belle ! A entendre ta voix, je crois que tu as une bonne nouvelle là ! Alors je t’écoute ! «
« Devine qui vient passer le week avec moi à l’appart ? »
« Axel ? Il a quitté sa femme ? »
« Non ! Il ne l’a pas encore quittée ! Mais c’est comme si c’était fait ! Tu penses ! Je suis heureuse Jude ! »
« Ah ! Et il vient chez toi et Fred alors ? »
« Tu n’as pas l’air d’être contente pour moi ? Mais pourquoi tu prends ce ton là ? »
« Je n’ai pas envie de te voir souffrir ! Je crois que tu vas trop loin là ! Tu te rends compte que tu reçois ton amant chez ton mec ? C’est chaud ! «
« Oh ! Tout de suite tu me fais la morale ! Mais j’aime Axel ! Je l’aime sincèrement ! Puis, Fred ne saura rien ! S’il ne sait rien où est le problème ?! »
« Et s’il venait à l’apprendre ? Tu n’as pas froid aux yeux ! «
« Non ! Il n’y a aucun risque ! Je suis prudente ! D’ailleurs il ne faut pas que je traine trop au téléphone ! Je dois changer les draps et faire couler un bon bain pour Axel ! «
« Et bien ! Tu es aux petits soins dis donc ! Tu le dorlotes ton Axel ! »
« Je l’aime c’est tout ! Et tu sais il est si malheureux avec sa femme ! J’ai envie de le consoler ! Ah ! Mais oui ! Je ne t’ai pas dit ?! Sa femme a pété les câbles !! C’est une folle furieuse ! Axel m’a dit qu’elle l’avait frappé ! Tu te rends compte !? Elle est complètement malade ! Axel vit un calvaire ! C’est traumatisant une histoire comme ça ! J’ai beaucoup de peine pour lui tu sais ! «
« Fais attention à toi Camille ! Tu en connais beaucoup toi, des hommes mariés qui disent à leur maitresse que leur femme est formidable ? Méfie-toi ! Il te mène peut-être en bateau ! Et tu l’imagines se laisser frapper sans se défendre ? C’est étrange quand même ! Et il t’a dit pourquoi elle l’a frappé ? «
« Non, il ne m’a pas dit pourquoi elle était hystérique ! Mais, ces derniers temps, elle pique des grosses colères ! Elle doit se douter qu’il se trame quelque chose ! Elle refuse qu’il l’a quitte ! C’est tout ! «
« Oui je vois ! N’oublie pas ma Poulette, dans une histoire on est deux ! Et chacun induit 50% de la relation ! Ton Axel, si bon amant qu’il soit, n’est surement pas parfait ! «
« Tu m’énerves à jouer les rabat-joies aujourd’hui ! Je te dis qu’elle n’est pas nette ! C’est tout ! Et puis, moi je le connais bien Axel ! On travaille ensemble depuis quelques années ! «
« J’espère que tu as raison ! En tout cas, passe un super bon week ! Profite bien de tous les moments ! Savoure ! »
« Tu m’étonnes ! Je vais en profiter un max ! Je suis folle de joie ! Je l’aime à la folie ! «
Jude a semé le doute dans l’esprit de Camille. Elle n’est plus aussi certaine de son bonheur. Et si cette relation était une erreur ? Et si Axel se fichait d’elle ? Elle a peur. Soudainement, elle est moins emballée ! A force de chercher l’Amour, elle se met dans des situations rocambolesques ! En l’espace de quelques mois, elle est devenue une « maitresse » qui se réjouie du malheur de sa rivale ! Plus Angèle souffre, plus elle se délecte de plaisir ! Plus Angèle se prend les pieds dans le tapis, plus elle s’en amuse. Elle culpabilise d’être devenue perfide. Elle ne se reconnaît plus. L’Amour la rend venimeuse ! Elle se remplit d’aigreur pour celle qui a été son amie ! Parfois, elle regarde les photos de son amie Angèle. Elle a mal au ventre ! Elle se dégoute !
Elle a envie de pleurer ! Toute cette histoire est une mascarade dont Axel tire les ficelles ! Il est habile le bougre !
Camille se projette dans la vie et pense à
haute voix :
« Je ne sais pas comment on fera plus tard pour raconter notre rencontre ! Et que nous diront nos enfants ? Je raconterai quoi moi ? Papa et Maman étaient amoureux fou
l’un de l’autre ! Mais, ils n’étaient pas libres ! Ils se sont aimés en cachette et ils ont construit leur bonheur sur le malheur des autres ! Non ! C’est horrible ! Et
Frédéric ! Que vais-je dire à Fred ? Il est dépressif ! On ne quitte pas un homme dépressif ! Oui ! Mais Angèle, elle est cinglée elle ! On ne quitte pas une femme
malade ! Papa et Maman vivaient avec des personnes malades ! Ils se sont rencontrés et consolés. Je ne la sens pas cette version là ! De toute façon, cette histoire n’est pas
jolie ! On ment à tout le monde ! Dans les contes de fée, on n’apprend jamais aux petites filles cette version de l’histoire ! On leur
fourre dans le crâne qu’elles se marieront avec un prince charmant et qu’elles auront plein d’enfants ! Et, les contes de fées ne parlent jamais de la maitresse qui se meure d’amour pour son
prince marié ! «
Camille fonce dans la salle de bain ! Elle doit faire couler le bain d’Axel ! Elle verse quelques gouttes d'huile parfumée dans l'eau ! La salle de bain ressemble aux palais des Maharadja ! Camille s’est inspirée de l’ambiance marocaine des hammams. Le sol est en carrelage traditionnel marocain. Les murs sont de couleur « terracotta ». Le grand miroir en fer forgé se dresse au dessus du lavabo. La vasque repose sur un plateau de petits carrés colorés en terre cuite. Les nuances chatoyantes rappellent celles de l’Orient ! Camille jette un regard dans le miroir. Elle vérifie son maquillage. Elle met un peu de poudre sur ses joues. Elle se trouve un peu pâlotte !
La sonnette retentit. Elle court en direction de la porte ! Elle ouvre avec un sourire jusqu’aux oreilles !
« Axel ! Entre voyons ! Ton bain est en train de couler ! »
« Oh Camille tu es si gentille avec moi !
Je me sens si malheureux »
Camille se jette à son cou et l'embrasse tendrement.
Axel entre et avance en direction du petit salon. Il s’assoit confortablement dans le canapé jaune. Il tapote avec sa main le coussin comme pour appeler Camille :
« Alors Camille, viens près de moi ! «
« J’arrive Axel ! Je me maquille et je viens ! »
« Tu es déjà parfaite ! «
« Tu me flattes ! Dis ! J’ai envie d’aller tester le petit jap à coté ! Tu sais ! Il parait que l’endroit est splendide ! Il y a un immense escalier en haut duquel les gens s’assoient sur des coussins pour manger ! «
« Pour moi Camille le plus important est d’être avec toi ! Mais, si tu veux aller chez ton Japonais pourquoi pas ! Bon tu viens ! J’ai très envie de te faire l’amour là ! Tout de suite ! Viens vite que je t’embrasse ! «
« Muhm ! M’embrasser et puis quoi d’autres ? »
« Bah viens près de moi que je te montre ! «
Angèle entre à l’appartement. Elle a les
bras chargés de provisions.
Elle s’est arrêtée au supermarché du coin ! Axel l’a regarde sans bouger. Il ne l’aide pas !
Elle s’affaire à la cuisine. Axel l’observe froidement. Il a mis ses mains sur sa taille et il se tient droit comme un I. ll feint d’oublier le rendez-vous de ce matin ! Il ne bronche pas un mot ! Angèle soupire ! Elle supporte mal le regard accusateur d’Axel ! Ce silence de plomb l’agresse. Elle sent qu’Axel lui en veut beaucoup. Elle sait qu’il ne lui pardonnera pas ses débordements ! Axel a horreur des scènes de ménage et des cris ! Elle n’aurait jamais du être aussi virulente ! Agacée, elle brise le silence :
« Bon Axel ! Sois tu m’aides soit tu sors d’ici hein ! Ca ne te dérange pas de me regarder travailler ?! «
Axel est surpris par le ton péremptoire de sa femme ! Il lui répond avec un air suffisant :
« Ne recommence pas Angèle ! C’est terminé ça ! Je ne laisserai plus rien passé dorénavant ! Je n’ai plus peur de te perdre ! «
« Tu cherches quoi là Axel ? Tu veux le divorce c’est ça ? « Angèle sent la colère monter en elle. Elle est comme une cocotte minute dont la soupape va lâcher ! Elle essaie de refouler ses émotions ! Elle craint de déraper de nouveau ! Axel se tient debout devant elle et il l’a défie du regard !
« Ecoute ! Si l’idée de divorcer te traverse l’esprit, dis-toi que tu es mal partie ! Moi, ma famille me soutient ! Ils sont tous derrière moi ! Et crois-moi, personne ne te fera de cadeau ! Alors, tu ferais mieux de ne pas penser au divorce ! Je dis ceci dans ton intérêt ! «
« Ce n’est pas la peine de me menacer Axel ! Je vois que ta mère t’a encore soufflé dans les bronches ! Mon pauvre ami, tu es pathétique ! Tu devrais avoir honte de me parler ainsi ! »
Angèle lui tourne le dos et l’ignore. Elle continue de ranger ses provisions comme si de rien n’était. Elle est indifférente au regard que lui jette son mari. Elle le fuit.
Axel sort de la cuisine ! Il regarde sa femme avec un petit sourire en coin ! Il a envie d’aller sur msn ! Il a besoin de parler à Camille ! A mesure, qu’il s’éloigne de sa femme, il se sent irrésistiblement attiré par sa maitresse !
Il ouvre sa boite mail et entre son mot de passe : camille
Il lit ses derniers mails. Sa mère lui a écrit :
"J’espère que tu as mieux terminé la soirée que tu ne l’as commencée.
Si tu as besoin d’aide, n’hésite pas à nous contacter. Il ne faut surtout pas te laisser abattre ! Cesse de culpabiliser et de vouloir faire plaisir à Angèle. Elle te met tellement la pression qu’inévitablement tu retombes dans tes « petits travers » (mensonges par omission…)
En fait, on ne peut pas vivre « sous haute surveillance ». Si c’est le cas, on ne cherche qu’à se cacher et à cacher ce que l’on fait. C’est humain et normal. C’est elle qui provoque cela.
Moi, ce que je vois, c’est qu’elle ne te respecte pas. Elle parle du mal que tu lui fais, mais elle oublie celui qu’elle te fait.
Mais dis -donc, elle ne fait le ménage ?... Puisqu’elle te demande de toujours le faire ! Courage, beaucoup de personnes ont de l’admiration pour toi… Gros bisous. Maman «
Axel sourit. Il se sent aimé. Il est rassuré ! il est revigoré ! Il n’avait pas vu les choses sous cet angle là. Il ment depuis toujours. Mais ces derniers temps, il ment tout le temps. C’est devenu instinctif. Sa mère a surement raison. Angèle lui colle la pression. Le mode de fonctionnement de leur relation amoureuse est insidieux. Il n’a pas réalisé ceci ! Il a tellement voulu plaire à sa femme qu’il s’est enfermé dans une spirale infernale. Il ment pour ne pas lui déplaire ! Il travestit la réalité pour voir briller les étoiles dans les yeux de celle qu’il aime ! Seulement, Angèle ne rêve plus. Elle est devenue distante et indifférente à Axel. Il a l’impression que sa femme vit dans un autre monde. Elle est comme enfermée dans une bulle où personne ne peut pénétrer !
Axel est paumé. Il ne sait plus ce qu’il attend de la vie. Il aime Angèle à sa manière. Il aime aussi Camille. Il ne veut blesser aucune des deux femmes de sa vie. Il doit redoubler de vigilance pour combler leurs attentes à toutes les deux. Il réfléchit et se parle à lui-même comme pour se rassurer qu’il fait les bons choix :
« Cette dispute avec Angèle tombe à pic ! Je vais en profiter pour prendre de la distance ! Je vais pouvoir être libre sans culpabiliser ! Angèle semble attristée. Elle s’en veut beaucoup ! Elle sait qu’elle a été trop loin ! Elle a franchi le pas de trop ! Et ça ! Je ne suis pas prêt de lui pardonner ! Je veux qu’elle réfléchisse à son comportement ! Moi, pendant ce temps là, je vais me rapprocher de Camille. Je pense que tout ceci, nous fera du bien à tous les deux ! On a besoin de s’éloigner l’un de l’autre. Angèle est sur des rails ! Elle a planifié toute notre vie ! On est marié. Dans quelques temps, nous seront parents. Ensuite nous aurons la 807 et un chien ! Cette vision me file des angoisses ! C’est tout ce que je ne veux pas ! Pourquoi je me retrouve dans une vie que j’ai toujours refusé de mener ? Qu’est ce que je fous là moi ?! Je me suis laissé embarquer dans une histoire qui n’est pas la mienne ! Angèle a des rêves de vie ! Elle a plein de projets et plein de joie à partager ! Son univers m’émeut ! Je l’envie d’être aussi enthousiaste ! Moi je suis une coquille vide. Je ne ressens aucune émotion ! On pourrait me dire demain que je suis « papa », je crois que je ne ressentirai rien ! Je ne vibre plus. Je ne ressens plus rien comme si j’étais mort ! Seul le sexe m’apporte du plaisir ! C’est pour ça, que je suis « addict » à la pornographie. Angèle me fait des crises à ce sujet. Elle a peur que je sois dépendant. Je la comprends. Je ne sais pas résister. C’est plus fort que moi. Il faut que je me masturbe. J’ai besoin d’éprouver du plaisir et de jouir afin d’apaiser mes angoisses. Cette situation est insupportable. Je suis en train de détruire ma femme ! »
Axel tourne en rond dans la chambre. Dès qu’il met la machine à penser en marche, il a des angoisses ! Il a envie de fuir !
Il rejoint Angèle. Elle est toujours dans la cuisine. Elle a l’air malheureux comme les pierres ! Elle ne dit rien ! Axel prend une voix grave et lance à travers la pièce :
« Je sors et je ne rentre pas dormir ce soir ! «
« Ah bon ? «
Angèle semble surprise. Elle a blêmit. Elle cache son visage en faisait mine d’être occupée. Axel n’est pas dupe. Il voit bien qu’Angèle est triste. Il lui répond avec un ton qui se veut rassurant :
« Ca ne sert à rien de rester ensemble ce soir ! Tu as vu comment on s’est écharpé hier ? Je crois qu’il est plus sage de se séparer un peu ! Puis, cela te permettra de te calmer aussi ! «
Axel met son manteau marron, celui qu’Angèle lui a offert à Noel dernier ! Elle avait eu le coup de cœur pour ce manteau ! Elle l’avait acheté pour que son tendre Axel soit le plus beau des hommes !
Il saisit son attaché case. Angèle semble surprise :
« Tu pars avec ton cartable et tes dossiers ? Tu vas travailler ce week-end ? «
« Non ! Mais je ne te fais pas confiance Angèle ! Je n’ai pas envie que tu fouilles dans mes affaires ! »
Angèle est troublée. Elle ne répond rien. Elle se pince la lèvre inférieure comme pour dire qu’elle est désolée. Elle se tortille comme une petite fille que l’on vient de punir. Elle est incapable de supplier son mari ! Elle a envie de lui demander de rester près d’elle, mais aucun son ne sort de sa bouche. Elle est muette comme une carpe. Axel attrape la poignée de la porte. Le cœur d’Angèle bat à tout rompre. Sa vie est en train de s’effondrer. Si Axel part ce soir, rien ne sera plus comme avant. Elle a le pressentiment qu’ils jouent ensemble leurs dernières cartes. D’une petite voix plaintive, elle tente le tout pour le tout ! :
« Axel ! Regarde mon bras ! Il est tout gonflé ! J’ai mal ! «
« Montre-moi ça « Axel prend une voix assuré ! Il a un air autoritaire. Il se veut fort et implacable. Il regarde le bras de sa femme. Il a un pincement au cœur. Il réalise à quel point il lui a fait mal ! Il s’en veut. Il a des hauts de cœur. Il refuse de montrer la moindre émotion. Il lance à la hâte :
« Va voir un médecin Angèle ! Ne reste pas comme ça ! Tu lui diras par la même occasion que c’est moi qui t’ai fait cela ! «
« Mais ça ne va pas Axel ! T’es dingue de dire des choses comme ça ! Je ne veux pas aller voir un médecin ! On s’est disputé c’est tout ! «
« Ne reste pas comme ça ! Vas voir un médecin. Tu lui diras ce que tu veux ! Je dois y aller ! On m’attend ce soir ! «
« D’accord alors ! «
« Je t’enverrai un sms pour te dire quand je rentre «
« D’accord »
Axel claque la porte. Il dévale les escaliers quatre à quatre. Il appelle sa mère :
« Allo Maman ? »
« Ca va Axel ? »
« Non ça ne va pas du tout ! J’ai encore fait des conneries ! J’ai peur ! «
« Qu’est ce que tu as encore fais hein ? »
« Hier soir, j’ai fait mal à Angèle ! Tu devrais voir son bras ! Elle va devoir aller consulter un médecin ! Que va-t-il lui dire ? «
« Merde ! Il ne manquait plus que cela ! Il faut dire qu’Angèle marque facilement aussi ! Elle est tellement faiblarde ! Elle a du sang de navet ! Ce n’est pas de ta faute ! Tu crois qu’elle va aller chez le médecin ? »
« Elle a très mal. Et je l’ai encouragée à y aller ! «
« Ah toi aussi ! Tu n’en loupes pas une ! Tu tends le bâton pour te faire battre ! «
« Mais Maman ! Que pouvais-je faire ? Je ne peux pas lui interdire d’aller voir un médecin ! Elle trouverait cela louche ! Mais J’ai peur ! Tu comprends ! Je ne dois pas avoir de problème avec la police ! Je suis en sursis ! C’est ce qui m’effraie le plus : avoir des problèmes avec la justice ! Le reste je m’en fous ! «
« Ne t’inquiète pas Axel ! Tu lui as fait mal pour te défendre ! Les flics comprendront bien ! Tu es allé déposer une plainte au commissariat ? »
« Bah non ! Pourquoi faire ? »
« Pour te protéger imbécile ! Si elle dépose plainte contre toi, tu vas avoir une foule d’ennuis ! N’oublies pas que ton casier judiciaire n’est plus vierge ! Alors tu vas aller déposer une plainte. Tu racontes ce qui s’est passé avec ta femme. Et c’est tout ! «
« Je vais y aller tout de suite alors. A plus tard Maman «
Axel se dirige vers le
commissariat. Il hésite à franchir la porte. Il réfléchit. Cette histoire prend des proportions invraisemblables ! Mais il est obligé d’agir de la sorte. Il a si peur d’avoir à nouveau
des problèmes avec la justice ! Angèle ignore tout de son passé. Pour conserver son terrible secret, il est prêt à tout, même à faire de faux témoignages ! Il est en train de se laisser
embarquer dans une histoire qu’il n’a pas souhaitée ! Mais la vérité est la pire de ses ennemies ! Il n’a pas le choix. Il devra assumer ses mensonges jusqu’au bout. Dans la vie, le
passé vous rattrape toujours, un jour ou l’autre !
Angèle se réveille. Son bras lui fait mal. Elle est seule dans le grand lit.
Elle a mal à la tête ! Ses yeux sont
bouffis. Elle a passé une bonne partie de la nuit à pleurer. Elle s’inquiète pour Axel.
« Il n’est pas rentré ! Mais où a-t-il passé la nuit ? «
Elle sort de la chambre. Elle marche doucement. Son cerveau est embué. La porte du bureau est fermée. Les vêtements d’Axel ne sont plus étalés sur le sol. Angèle entrebâille la porte du bureau. Elle glisse sa tête dans l’embrasure de la porte. Axel est là recroquevillé sur le sofa, trop petit pour lui. Angèle le regarde comme s’il s’agissait d’un inconnu. Axel ouvre les yeux. Il fixe sa femme froidement. Il ne dit rien. Tous deux se regardent dans le silence du matin.
Angèle doit s’activer. Elle a rendez-vous à l’hôpital. Axel le sait. Mais, il ne bouge pas. Angèle espère qu’il l’accompagnera. Elle a si peur des examens. Axel ne dit rien. Il fait mine de se rendormir. Angèle met son manteau kaki. Elle enfile ses bottes cavalières et elle claque la porte.
Elle marche d’un pas peu assuré. Une fois, installée dans sa voiture, elle pleure. Elle craque. Elle vient de réaliser que son histoire d’amour est terminée. Ceci ne veut pas dire que leur vie de couple est finie ! Combien de couples continuent de vivre ensemble en ne s’aimant plus ?
Angèle est mariée. Elle ne compte pas divorcer ! Ca ne se fait pas dans sa famille ! Elle va demeurer la femme d’Axel jusqu’à la fin de ses jours. Elle a à peine trente ans et elle va devoir passer sa vie auprès d’un homme qui ne l’aime plus ! Elle considère avoir raté sa vie ! Elle doit renoncer à jamais à l’Amour ! Elle va vivre toute sa vie dans l’indifférence de son mari ! Elle se sent enfermée dans une tombe vivante ! Elle essaie de se rassurer ! Il faut qu’elle se rassure pour trouver la force d’avancer :
« Je ne suis pas malheureuse ! J’ai un toit sur la tête ! Je vis dans un bel appartement confortable ! Je n’ai pas de problème d’argent ! Mon travail me plait beaucoup ! Alors pourquoi ne suis-je pas heureuse ? Suis-je une éternelle insatisfaite ? «
Angèle démarre la voiture en trompe. Elle roule vite et imprudemment !
Elle se fiche de tout ! Elle se moque d’avoir un accident ! Ces derniers temps, sa vie ne lui semble pas précieuse ! Parfois, elle aimerait en finir une bonne fois pour toute !
Elle arrive devant l’hôpital. Elle gare à la hâte sa voiture ! Elle descend de la voiture, et elle se met à pleurer comme une madeleine ! Tous les passants la regardent d’un air étonné ! De honte, elle s’engouffre à l’intérieur de son petit véhicule ! Elle attrape son portable dans la poche de son sac à main ! Elle compose le numéro de sa mère :
« Maman ? »
« Angèle ? Mais que se passe-t-il ? »
« Je suis désolée de te déranger sur ton lieu de travail ! Mais je vais mal ! «
« T’es où là ?! »
« Je suis devant l’hôpital «
« Tu es toute seule ? Il ne t’a pas accompagnée Axel ? »
« Non il ne m’a pas accompagnée ! Avec Axel c’est fini ! «
« Comment ça fini ? Que se passe-t-il Angèle ! Ne pleure pas ! »
« C’est fini ! Je ne peux plus. Je suis allée au bout de notre histoire ! Je suis si malheureuse ! Je souffre tellement «
« Ne pleure pas ma Chérie. Ca va finir par s’arranger »
« Je dois te laisser ! Il est l’heure que j’aille à l’hôpital »
« Prends soin de toi. Si ça ne va pas appelle-moi ! «
Angèle sort de la voiture. Il pleut averse. Elle marche voutée comme une petite vieille. Le poids du chagrin la rapetisse ! Elle n’a pas de parapluie. Et, elle s’en fiche d’être trempée jusqu’aux os ! Elle avance péniblement comme un animal qu’on amène à l’abattoir !
Elle ouvre la porte vitrée de l’hôpital. Elle pleure à chaudes larmes.
Axel profite d’être seul à la maison pour appeler Camille ! Il va se faire réconforter par sa maitresse ! Il prend son portable et s’allonge sur le lit conjugal ! Il sent le parfum d’Angèle. Il ferme ses yeux et renifle l’oreiller de sa femme. Il plonge dans ses souvenirs. Il revoit le sourire d’Angèle. Elle était si belle à cette époque là ! Il a les larmes aux yeux. Il se sent angoissé ! Il compose le numéro de Camille :
« Camille c’est moi » dit-il d’une voix plaintive !
« Axel ? «
« Oui c’est moi ! «
« Mais que se passe-t-il mon cœur ? »
« On s’est engueulé hier avec Angèle ! Lorsque je suis rentrée à la maison, elle m’attendait derrière la porte ! Elle m’a sauté dessus et elle s’est mise à me taper partout ! Elle était déchainée comme une furie ! »
« Tu as fait quoi toi ? »
« Rien ! Je n’ai rien fait ! Je l’ai laissé me frapper ! J’ai mal partout aujourd’hui ! J’ai même des griffures sur le torse ! «
« Mais Axel ! Elle n’a pas le droit de te faire ça ! Pourquoi elle a fait ça ? Tu lui as dit pour nous deux ? »
« Non, elle ignore tout ! Mais Camille ! Je ne pourrai plus lui dire pour nous ! Imagine ce qu’elle me ferait ! Tu te rends compte ! Elle est folle à lier ! «
« Ne reste pas avec elle Axel ! Va chez tes parents ! Va déposer plainte au commissariat ! Tu sais les hommes battus ça existe aussi ! Ils sont protégés ! Elle est tarée ta femme ! Comment peut- elle faire des choses pareilles ? Je ne la comprends pas ! Je ne veux plus jamais la voir ! Je ne veux plus l’entendre ! Si, elle touche de nouveau à un seul de tes cheveux, je lui casse la figure moi ! «
« Chut Camille ! Ca va aller ! «
« Mais comment tu fais pour rester avec elle ? Et, elle est où là ? «
« Elle est partie faire des courses »
« Ah bon ! Tu ne veux pas venir chez moi ? Frédéric est partie en week-end avec sa fille ! Tu pourrais venir dormir ce soir non ? J’aimerais tellement que tu viennes ! Je te ferai couler un bon bain chaud ! Et je te ferai des massages avec de l’huile d’argan ! Allez viens mon cœur ! «
« J’aimerais beaucoup ! Mais que vais-je dire à Angèle ? Je ne sais pas ! Je ne te promets rien ! Mais je vais faire tout mon possible pour venir ! »
« Tiens- moi au courant ! Je t’attends mon cœur ! Je t’aime ! »
« Moi aussi ! «
Axel attend le retour de sa femme. Il veut la mettre au pied du mur : ce soir il partira pour la nuit ! Il compte bien être ferme !
Axel est au volant de sa voiture. Il a les larmes aux yeux. Jamais, il ne s’était disputé ainsi avec sa femme ! Les choses vont mal. Angèle va finir par le quitter ! Il a un mauvais pressentiment !
Il n’avait jamais vu sa femme dans cet état là ! Elle lui a fait peur ! Elle était si violente ! On aurait dit une furie ! Comment est-ce possible ? Axel ne comprend pas ce qui se passe ! Il se dit à lui-même : « Je suis en train de rendre ma femme complètement folle. Elle est devenue violente à cause de moi ! Je crois que ses problèmes de santé la bouffe ! Elle n’est plus cohérente ! Ma femme m’effraie »
Axel cherche son portable au fond de la poche de son manteau. Il appelle sa mère. Il adore sa mère. Il l’appelle tous les jours. Il lui raconte tout ! Elle est à la fois la femme la plus merveilleuse du monde, sa mère mais aussi sa confidente ! La mère d’Axel est une artiste peintre ! Elle a beaucoup de talents. Axel l’admire avec des yeux remplis d’amour ! C’est son modèle ! Il suit à la lettre ses précieux conseils.
« Allo Maman ! C’est Axel ! »
« Que se passe-t-il ? »
« Je me suis disputé avec Angèle ! On s’est querellé très fort ! Je lui ai fait mal et elle m’a fait mal aussi ! Je peux venir ? »
« Tu es où là Axel ? »
« Je suis dans la rue. Angèle m’a mis à la porte ! «
« Comment ça dans la rue ? Mais viens à la maison espèce d’imbécile ! Ne reste pas tout seul ! Tu as une famille aimante tu sais ! «
« Je sais Maman ! Je ne me sentais pas bien ! J’ai fait quelque chose de mal. Je m’en veux tellement ! «
« Oh ! Arrête de culpabiliser aussi ! A force tu en deviens bête ! «
« J’ai peur. Je suis paumé «
« Je sais que tu vas mal en ce moment. Mais tu m’évites ! Puis dis à Angèle d’arrêter de te faire des scènes ! «
« Bon, je prends la voiture et j’arrive ! «
« A tout de suite ! «
Axel se rend chez ses parents. Il sait qu’il obtiendra tout le réconfort dont il a besoin. Ses parents ont toujours été présents pour lui. Axel a eu beaucoup de problèmes dans la vie. Malgré, une enfance heureuse, il n’a pas pu s’empêcher de faire des bêtises à l’adolescence. Ses parents en ont vu des vertes et des pas mures avec lui ! Ils se sont fait un sang d’encre pour leur fils ! Il ne leur a pas mené la vie facile ! Parfois, il regrette de leur avoir apporté autant de soucis ! Mais il ne peut pas lutter contre ses démons. Il est torturé depuis son plus jeune âge.
Axel est complexe. Il détruit tout ce qu’il a. Il ne sait pas quels en sont les raisons. Depuis plusieurs années, il est suivi par un psychiatre. Il fait une psychothérapie. Il apprend à ne plus détruire sa vie !
Axel a toujours menti de façon compulsive ! Dès, qu’il se voit reprocher quelque chose, il ment ! Le mensonge est devenu son meilleur allié. Il l’utilise pour se protéger. Il a si peur de ne pas être aimé. Parfois, il enjolive la vie, parfois il ment pour ne pas dévoiler ses faiblesses ou ses erreurs. C’est devenu une vieille habitude dont il n’arrive plus à se défaire ! Sa mère le sait ! Mais, avant de condamner son fils, elle essaie de le comprendre. Elle est douce et à l’écoute. Axel peut se livrer en toute confiance.
Quant à Angèle, elle le clou au pilori ! Elle ne veut rien comprendre ! Elle est carrée et intransigeante ! Pour Angèle, les mensonges sont inadmissibles. Elle n’a aucune empathie pour lui. Elle considère qu’il a tout pour être heureux dans la vie. Elle estime qu’Axel est indécent de se plaindre ! Angèle n’a pas eu une enfance facile. Elle a subi beaucoup d’épreuves. Toutes les difficultés de la vie l’ont rendue aussi forte que fragile ! Angèle est tout en contradiction ! Elle est droite comme la justice et inflexible. Elle ne déroge jamais à la ligne de conduite qu’elle s’est fixée ! Elle refuse d’admettre les faiblesses des autres ! Si elle peut y arriver, les autres doivent y parvenir aussi. Axel a le sentiment qu’elle le juge durement ! Il se sent moche dans le regard de sa femme ! Il se sent couard !
Axel a l’impression de ne plus avancer. Il est toujours le même qu’à l’âge de dix ans ! Il fait toujours autant de mal autour de lui. Il sait que ses mensonges sont des bombes à retardement !
A l’âge de vingt ans, Axel a raté son baccalauréat pour la deuxième fois ! Il n’a pas osé le dire à ses parents ! Il leur a menti ! Il a fait croire à tout le monde qu’il était bachelier ! Il a même poussé le vice à fêter ce diplôme inexistant ! Il voulait que ses parents soient fiers de lui !
Par la suite, ne pouvant s’inscrire à la faculté, il a suivi des chemins de travers. Mais, il n’a jamais avoué ! Il porte en lui son secret. C’est lourd !
Mais la vie d’Axel est ainsi faite ! Il a l’habitude de dissimuler les choses !
Sa vie n’est qu'une succession de mensonges ! C’est sa
croix ! On a tous une croix à porter !
Pendant ce temps là, Angèle et Axel continuent de s’écharper !
Axel refuse de laisser partir sa femme. Il la retient fermement par le bras. Il empoigne Angèle et il la secoue vivement !
Angèle s’énerve. Elle se débat. Elle résiste ! Plus Axel tente de la retenir et plus elle a envie de le quitter. C’est classique : « Fuis- moi je te suis, suis-moi je te fuis « comme dit l’adage populaire !
« Mais lâche-moi Axel ! J’en ai marre ! Je veux partir ! » Hurle Angèle !
« Non ! Tu ne pars pas à cette heure là ! Il fait nuit et froid dehors ! «
« Et qu’est ce que cela peut te faire ! Arrête ! Tu me fais mal au bras en plus ! Lâche- moi le bras ! «
« Et bien cesse de te débattre ! Calmes- toi ! Ca suffit maintenant ! Raisonne-toi ! «
« Je veux partir ! Je ne te supporte plus ! Tu me rends malade ! Laisse- moi partir s’il te plait ! Je t’en supplie ! « Angèle crie fort. Elle pleure. Elle est rouge de colère. Elle se débat de toutes ses forces. Avec le plat de sa main, elle repousse brusquement son mari. Elle est en sueur. Ses cheveux nattés s’ébouriffent ! De longues mèches brunes lui mangent le visage ! Elle s’épuise. Axel tire brutalement sur le bras d’Angèle. Surprise par la secousse, elle tombe par terre le long du divan. Elle pleure de plus en plus fort. Elle est à terre ! Axel desserre sa main. Le bras d’Angèle est rouge.
Axel se demande ce qu’ils leur arrivent.
Pour la première fois, il a eu envie de faire mal physiquement à sa femme. Il a ressenti du plaisir à lui broyer la chair ! Il la regarde d’un
air perplexe. Elle ne bouge plus.
Elle pleure comme une enfant et elle se lamente :
« Mais pourquoi tu m’empêches de partir ? Pourquoi ? Alors que tu ne
m’aimes pas ! J’ai envie d’être seule ce soir. J’ai besoin d’air ! Tu ne comprends pas ! «
« Si ! Mais il est hors de question que tu prennes la voiture dans cet état là. Tu vas avoir un accident ! C’est dangereux ! «
« Et depuis quand tu t’inquiètes pour moi ?! Bien pars alors ! Et laisse-moi tranquille ! Pars ! «
« Non ! Je suis chez moi, moi aussi ! «
Angèle se lève et bouscule son mari : « Soit tu me laisses partir, soit tu pars s’il te plait ! »
« Non ! Non ! Non ! On arrête ça immédiatement ! Reprends tes esprits ! Et contrôle tes émotions s’il te plait ! Tu es trop impulsive ! «
Angèle perd patience ! Elle
bouillonne ! De rage, elle ouvre le dressing et d’une main balaie tous les vêtements d’Axel ! Les pulls pliés à quatre épingles volent dans tout l’appartement ! Angèle ne se
contrôle plus !
Son mari la maitrise par la force : « Stop Angèle ! Tu es cinglée ! Tu n’as pas le droit de faire ça ! «
« Oh Arrête hein ! Je t’aide à partir plus vite ! Tu mets le tout dans une valise et tu te casses ! Tu comprends ce que je dis ? C’est clair ? Tu te casses d’ici pauvre abruti ! Je ne veux plus te voir ! Va au Diable toi et tes fichus mensonges ! «
« Mais tu es hystérique ma parole ! T’es complètement malade ! De quel droit tu mets toutes mes affaires par terre ! Tu vas te calmer hein ? J’ai épousé une folle ! «
« Je me calmerai dès que tu seras parti ! «
« Ok, je vais m’en aller alors ! Je reviens dans quelques heures ! Calme-toi ! Je veux la paix ! «
« C’est ça ! Casse-toi espèce de menteur ! »
Angèle ouvre la porte d’entrée et pousse son mari sur le pallier !
« Ne me pousse pas Angèle sinon je dépose plainte au commissariat ! J’ai des droits, ne l’oublie pas ! « clame Axel !
Elle referme la porte brusquement derrière lui ! Elle s’effondre par terre en larmes. La pression retombe. Elle est assise sur les pulls d’Axel !
Elle va s’allonger sur le canapé. Elle regarde les images qui défilent sur le petit écran. Son bras lui fait mal. Elle ne peut plus le bouger. Elle pleure et renifle. Elle ne comprend plus Axel. Ce soir, il a été particulièrement violent. Elle le soupçonne de lui avoir fait mal délibérément.
Elle se lève et marche nonchalamment vers le bureau. Les vêtements d’Axel jonchent le sol. L’enveloppe est en mille morceaux. La pièce est sans dessus dessous, elle porte les traces de leur querelle.
Angèle s’assois à son bureau. Elle se prend la tête entre ses mains. Elle réfléchit. Elle ne sait plus ce qu’elle désire. Elle a le sentiment de ne plus aimer son mari. Elle ignore s’il s’agit d’une crise passagère ou s’il s’agit de la fin d’une histoire d’amour. Cette idée là, l’effraie.
Elle prend son petit cahier bleu. Elle
l’ouvre à une nouvelle page blanche. Elle y consigne ses états d’âme :
« Si, un jour, le chagrin venait à
me rendre folle, je veux laisser une trace de ma lucidité ! Si un jour, la mort m’emporte, je veux laisser une trace de ma vie de femme
mariée ! Je suis mariée à un menteur, un dissimulateur. Tout m’est caché. Axel me trahie. A force de me sentir trahie, je n’ai plus confiance. J’ai peur qu’Axel me fasse du mal. Je me sens
seule dans cette vie ! Lorsque j’ai rencontré mon mari, il se faisait un point d’honneur à toujours être fidèle à la vérité ! La vérité était son cheval de Troie ! Je trouvais cela
formidable ! Je l’admirais beaucoup ! Aujourd’hui, mon mari me trompe sur toute la ligne. Je le sens. Je sais qu’il regarde les autres femmes avec une irrépressible envie de coucher
avec elles ! Je ne suis pas dupe ! A ses yeux, elles sont toutes plus jolies que moi ! Elles sont minces et élégantes ! L’apparence est primordiale pour Axel ! Je ne suis
pas assez jolie et souriante pour lui ! Je ressens une pression psychologique qui est lourde à porter. Axel me met dans une case d’où je ne peux pas sortir ! Tous les efforts que je
déploierai seront vains car je ne pourrai jamais m’échapper de cette case ! Je souffre beaucoup. Je crois que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.
Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais dans les bras d’un homme. Je me sentais merveilleusement bien ! Il avait une voix rauque et chaude. Il me parlait gentiment ! Lorsque le réveil a sonné ce matin, j’étais triste ! J’aurai aimé que ce rêve ne se termine jamais ! J’étais si heureuse cette nuit dans les bras de cet inconnu !
J’espère que demain sera autrement. On a tous des épreuves à surmonter dans la vie ! Si je suis malheureuse avec Axel ce n’est pas pour rien ! Il y a surement une raison à tout cela ! J’espère que la vie me montrera le chemin à suivre. Pour le moment, je souffre tellement que je me remplis des plus vils instincts. Axel m’inspire des mauvais sentiments. Je ne vois plus la lumière. Je suis la partie sombre. «
Ce soir, Camille a rendez-vous avec Jude, quartier de l’Opéra.
Jude est moins disponible depuis qu’elle vit en couple. Elle est l’unique amie de Camille. Toutes les deux se sont rencontrées lors de leurs études supérieures. Elles ont eu l’une pour l’autre un coup de cœur ! Leur amitié est sans failles ! Jamais, elles n’ont eu la moindre petite dispute ! Elles sont très complices !
Jude est une jolie blonde aux cheveux longs et raides. Ses longs cheveux balaient son dos ! Elle a de magnifiques yeux bleus ourlés de cils clairs et un teint diaphane. Jude inspire la pureté et l’innocence ! Elle aime jouer les belles ingénues ! Elle a un corps de liane ! Son allure altière lui confère l’élégance de sa beauté !
Camille est son opposé ! Elle est métissée et de taille moyenne. Sa mère est d’origine indienne et son père possède des origines chinoises. Camille a la beauté des femmes exotiques. Ses yeux ressemblent à de jolies prunelles noires. Son regard est espiègle et mystérieux. Jude la glace, Camille le feu, c’est un tandem chic et choc !
Toutes les deux sont de ferventes adeptes de la mode ! Elles s’habillent comme dans les magazines féminins ! A elles, les derniers sacs tendances, les talons hauts et les petites blouses ! Elles se dandinent sur leurs « manolos » et avancent avec une démarche souple et princière !
Ce soirs, Camille et Jude vont diner au restaurant le « Barramundi » !
C’est un restautant lounge qu’elles apprécient beaucoup. Elles aiment les lieux « hype » de la capital ! La décoration de ce restaurant oscille entre l’Orient et l’Afrique. Camille est friande de ce genre d’endroit un peu exotique. Elle adore la décoration, les statuettes ethniques, les objets d’arts ! Elle aime aussi être confortablement installée dans des fauteuils Voltaire un peu cosy !
Jude attend Camille près de l’abri bus. Il fait froid. C’est l’hiver. Le vent est glacial. La nuit est déjà tombée. Jude est emmitouflée dans son long manteau en cachemire. Elle porte une belle écharpe gris chiné. Elle a une classe folle ! Elle grelotte !
« Jude ! Je suis là ! « lui crie au loin Camille
Elle voit la main de Camille qui s’agite ! Elle part à sa rencontre. Les deux amies se claquent quatre bises amicales sur les joues. Elles se serrent dans leurs bras comme pour se dire : « Je ne vais pas bien ! «
Jude pousse la lourde porte du restaurant. Une jeune femme affable s’approche d’elles. On voit ses lèvres bouger, mais on n’entend pas ce qu’elle dit. La musique bat son plein. C’est de la musique d’ambiance ! L’hôtesse s’approche de l’oreille de Jude. Camille reste en retrait.
Les deux amies s’installent à une petite table au milieu de laquelle est posée une jolie bougie. Il fait sombre. La lumière est tamisée. Elles commencent à papoter dans la pénombre de la salle :
« Alors Camille, t’en es où de tes amours ? «
« Oh ! Je n’ai plus le moral ! Entre Frédéric qui me fait de nouveau une dépression nerveuse et Axel qui ménage la chèvre et le chou ! Je suis à cran ! J’ai un mec qui traine sa misère dans ses vieux pyj et un amant qui me fait tourner en bourrique ! «
« Si je comprends bien tu es la chèvre dans l’histoire ?! »
« Oui ! Exactement ! Axel me demande de patienter ! Mais je crois qu’il s’installe dans cette relation clandestine ! Et s’il ne la quittait pas ? J’ai peur soudainement ! Tu ferais quoi toi à ma place ? «
« Je ne serai pas à ta place moi ! Mais ouvre les yeux ma Biquette ! Les hommes mariés ne quittent pas leur femme pour leur maitresse ! Ou alors c’est rare ! A la maison, il a des charentaises bien confortables ! Il les aime ses vieux chaussons tout déformés ! Et à l’extérieur, il a la dernière paire de mocassins à la mode ! Tu sais les « Geox qui laisse le pied respirer « ! Alors, moi à ta place, je le quitterai sur le champ ! Mets-le en danger ! Fais quelque chose merde ! «
« Je ne peux pas ! Je subis ! Je l’aime à en crever ! Je vis pour lui ! Dès que je pense à lui, j’ai des papillons plein le ventre ! Pourquoi je n’ai pas le droit au bonheur moi ! Elle a quoi de plus que moi Angèle ?«
« Elle a rien de plus que toi ma Belle. Elle était simplement là avant toi ! C’est tout ! Tu es mieux qu’elle ! Tu le sais en plus ! Il y a surement quelque chose de bien qui t’attend ! Mais, ce n’est pas le moment ! »
« C’est facile de dire ça ! Toi tu as tout ! Ton mec est beau et adorable ! Ton boulot est super intéressant et valorisant ! Tu as tout réussi, sur tous les fronts ! «
« Peut-être. Mais, je ne suis pas totalement heureuse ! J’aimerais avoir des enfants. Et, ça ne marche pas ! Je suis triste. Mon désir de maternité est si fort que je deviens agressive ! C’est viscéral ! J’ai envie d’être maman. Mes hormones font des bonds. Je pète souvent les plombs. En ce moment, on s’engueule pour tout et pour rien à la maison ! Si, je continue ainsi, je vais le perdre ! Il va vite en avoir marre de mon côté cerbère ! Je vais devenir une vieille épouse acariâtre ! «
« Oh Jude ! Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Tu dois traverser des moments difficiles ! On porte toutes les deux notre croix ! Je ne savais pas que tu voulais un bébé ! Ca fait longtemps que vous essayiez ? Et tu es allée voir un gynéco ? »
La serveuse les interrompt pour prendre la commande.
Elles commandent des bières de Oulan-Bator et de Calcutta !
Toutes les deux se regardent dans les yeux. Elles savent qu’elles ne sont pas heureuses. Mais, elles dissimulent leurs émotions. Elles n’ont pas envie de pleurer ce soir ! Elles veulent se changer les idées !
« Et le boulot sinon Camille ? »
« Bof ! Je suis tellement obsédée par Axel que ne n’arrive plus à me concentrer sur ce que je fais ! Tu sais c’est horrible d’être amoureuse de son collègue marié ! On est confiné dans nos bureaux ! Je ne peux échapper à son regard et vice versa ! Je ne peux pas le zapper comme ça ! »
« Hum.. Et oui ! C’est une folie de mélanger sexe et boulot ! Moi je t’ai toujours dit ma Belle, not sex at the compagnie ! ! Sinon tu vas droit dans le mur ! Je crois que tu t’es fourrée dans une histoire bien compliquée ! Et ton boss il le sait ? «
« Mon boss ne sait rien ! Il connaît la femme d’Axel ! On est obligé de se cacher comme des voleurs ! Tout ça me pèse ! J’ai le sentiment d’être une paria ! «
« Je ne sais pas où cela va te mener ! J’espère que tout finira par rentrer dans l’ordre ! Tu m’inquiètes beaucoup ! «
« Je suis si malheureuse ! «
Les deux amies dégustent délicatement leurs mets. Elles se sourient. Elles profitent de l’atmosphère détendue du restaurant. Elles se sentent presque coupées du monde extérieur.
Elles savent que la trentaine est un cap difficile. Elles se comprennent à demi-mots. Elles doivent donner l’impulsion à leur vie de femme. Toutes deux sont à un carrefour de leur vie. Elles se soutiennent. Elles se comprennent ! Elles s’épaulent.
Axel met la clé dans la serrure ! Il pousse doucement la porte d’entrée.
Angèle est là debout immobile ! Elle l’attend les bras croisés ! Elle ne bouge pas. Elle ne dit pas un mot. Axel a un regard ahuri ! Il se demande ce qui va lui tomber dessus ! Il imagine en un quart de secondes tous les scénaris possibles : « Camille a téléphoné à Angèle ! Elle sait ! La garce !» « Elle a fouillé dans les poches de mes vestes ! Les traces, les fameuses traces » « Je dois tout nier en bloc ! «
Angèle rompt le silence. Elle lance à Axel un regard rempli de foudre !
« C’est quoi ça ? « dit-elle en agitant une enveloppe ! Elle est furieuse ! Sa voix devient de plus en plus aigue ! Son bras agite l’enveloppe de plus en plus vite !
Axel ne comprend pas ! Il ne voit pas de quoi parle sa femme. Il prend un air innocent et d’une petite voix lance : « C’est quoi cette enveloppe ? C’est quoi ce cirque ?! Tu me fais quoi là ? »
« Ce cirque comme tu dis ? C’est la facture que tu as oubliée de payer à maintes reprises ! Comment ça se fait que je n’ai jamais reçu les lettres de rappel ! Comment se fait-il que toutes nos factures soient impayées ? Il est où l’argent alors ? Tu me le dis hein ?! «
Axel respire de nouveau ! Elle ne sait pas ! Elle a juste découvert l’histoire des factures ! Il est soulagé ! Il a envie de lui sauter au cou et de l’embrasser ! Ce n’est pas ce soir que sa vie se brisera ! Et un jour de gagner au compteur du bonheur !
Axel esquisse un sourire « C’est rien ma Tartine ! J’ai juste oublié de poster les factures ! Et l’argent, je l’ai utilisé sans m’en rendre compte ! Tu me connais ! Je ne suis pas fichu de gérer un budget moi ! Mais c’est pas grave ! Je vais payer demain et tout rentrera dans l’ordre ! »
« Non ! Ca ne rentrera pas dans l’ordre ! Si je n’étais pas tombé sur ces factures, tu ne m’aurais rien dit ! Et que me caches- tu encore ? Je crois que tu me dissimules beaucoup de choses ! Je n’ai plus confiance en toi ! Et cesse ton petit sourire narquois ! Tu me rends dingue ! «
Angèle est en colère. Elle crie de plus en plus fort ! Sa voix est devenue stridente ! Elle ne peut plus arrêter le flot de reproches ! Elle sent qu’elle va frôler le point de non retour !
« Allez tu arrêtes ça tout de suite ! Tu te rends compte que tu te mets dans cet état là pour un petit oubli de facture ! Mais tu n’es pas bien ! Je crois que tu devrais aller consulter un psy ! Cela te ferait beaucoup de bien ! Tu es en train de devenir folle ! Regarde-moi ça ! Regardes-toi un peu ! «
« Ca suffit Axel ! Tu sais très bien que je ne suis pas folle ! Tu me caches plein de choses ! Tu te fous de moi ! Tu crois que je suis dupe ! Regarde-moi bien dans les yeux et dis-moi que tu ne me caches rien d’autres ! Allez je t’écoute ! «
« Oui ! Je peux te regarder droit dans les yeux et te dire que je ne cache rien d’autres ! Je dis la vérité ! Je ne te mens pas ! «
Angèle a les larmes aux yeux. Elle semble abattue. Elle répond avec un ton tranchant : « Tu me mens et je le sais ! « Et, elle part d’un pas rapide. Elle attrape la peluche qu’Axel lui a ramenée d’Espagne. Ce cadeau symbolisait leur désir de faire un bébé. Angèle balance la peluche sur Axel :
« Tiens je te rends ton cadeau ! Non ! On ne fera pas de bébé ! Tu sais pourquoi ? Parce que je te quitte pauvre con ! Sale menteur ! Tu vas finir mythomane à force de ne plus faire la différence entre les mensonges et la vérité ! «
Axel perd pied. Il refuse d’entendre cela. Il ne veut pas qu’Angèle parte.
Angèle prend son manteau et son sac à main. Elle se
dirige vers la porte de l’entrée.
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J’aurais beau être prophète,
avoir toute la connaissance de Dieu,
et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes,
s’il me manque l’amour
je ne suis rien."